Comprendre les effets de la pratique de la méditation de la pleine conscience

Le méditation de la pleine conscience

Le méditation de la pleine conscience

Pour bien évaluer les bénéfices potentiels qu’apporte la pratique d’une technique de méditation, il faut examiner en détail ce qui se passe dans l’organisme, notamment dans le cerveau et plus largement dans le système nerveux central. C’est le cas avec la méditation de la pleine conscience, ‘mindfulness’ en anglais, technique dérivée de la méditation Vipassana et dont le professeur de médecine Jon Kabat-Zinn a « laïcisé »  la pratique afin qu’elle soit facilement acceptée dans toutes les strates de la société américaine. Cette apparente « laïcité» a permis à la pleine conscience de se répandre facilement, notamment dans le monde hospitalier. La pratique peut s’apprendre simplement en lisant un livre traitant du sujet car ceux-ci comportent généralement un CD d’accompagnement, en s’informant sur Internet ou en participant à des séminaires payants de huit semaine structurés à cet effet. Elle consiste à entraîner le mental à se focaliser sur le moment présent en portant son attention sur la respiration ou sur tout autre processus corporel et ce, sans porter de jugement de valeur. Cette attention peut être poursuivie en dehors du strict cadre de la méditation avec les yeux fermés, notamment en mangeant, en marchant, en travaillant, etc. Plusieurs recherches montrent que la pleine conscience est relativement efficace pour réduire le stress, l’anxiété, la douleur ou pour lutter contre les récidives d’une dépression. Comment la méditation de la pleine conscience, alias pleine conscience, agit-elle sur le fonctionnement du cerveau ? Avant de répondre à cette question, un détour s’impose afin de rappeler comment fonctionne notre cerveau.

Cet organe d’un kilo et demi comporte environ 200 milliards de cellules, dont 10% de neurones, 4 millions de km d’axones et un milliard de milliards de synapses. Son rôle est d’unifier la diversité du monde extérieur qui le bombarde en permanence de milliards d’informations au travers des cinq sens. De plus en plus d’experts en neurosciences admettent que le siège de la conscience est dans l’activité non matérielle du cerveau matériel, un peu comme un poste radio qui recevrait ses programmes au travers d’ondes électromagnétiques. Aspect fondamental du fonctionnement du cerveau, plusieurs gammes d’ondes électriques ont été mises en évidence par la technique de l’électroencéphalographie (EEG) : les ondes delta en dessous de 3,5 Hz, les ondes thêta entre 4 et 8 Hz, les ondes alpha entre 8 et 12 Hz, les ondes bêta de 12 à 25 Hz et enfin les ondes gamma au-dessus de 25 Hz. Elles témoignent d’activités spécifiques dans le reste de la physiologie : les ondes delta sont généralement associées au sommeil profond sans rêves, les ondes thêta à un état de relaxation profonde avec éveil, les ondes alpha caractérisent un état de relaxation, les ondes bêta sont celles de l’activité normale et enfin les ondes gamma témoignent d’une intense activité, souvent associée à la créativité.

La plasticité du cerveau

La plasticité du cerveau

Au plan anatomique, malgré sa complexité apparente, le cerveau peut être divisé en quatre grandes parties : la zone avant du cortex préfrontal, la zone arrière du cortex pariétal et occipital ainsi que, de chaque côté des deux hémisphères, un lobe temporal. La zone occipitale gouverne la vision, la zone pariétale est en relation avec l’espace-temps, la zone temporale gauche gouverne la mémoire et le langage, la zone temporale droite est en relation avec des fonctions sensorielles telles que l’audition et le goût alors que le cortex préfrontal est lié à l’ensemble des fonctions évoluées touchant à l’identité et à la personnalité du sujet. Schématiquement, l’avant du cerveau est en relation avec le monde intérieur, le sujet, alors que l’arrière est en rapport avec notre représentation du monde extérieur (vision, ouïe, toucher, etc.), l’objet observé. Le cortex préfrontal du cerveau humain se trouve juste derrière le front. Il  gouverne des fonctions cognitives essentielles telles que l’intelligence, le raisonnement moral, les croyances, la stabilité émotionnelle, le développement de la personnalité, la confiance en soi, la créativité, le leadership, les performances académiques, la capacité à décider, etc. Les ondes alpha caractérisent le sujet et donc l’observateur, les ondes béta le processus d’observation et les ondes gamma l’objet observé.

Le rôle des zones du cerveau

Le rôle des zones du cerveau

Examinons à présent de manière détaillée le phénomène du stress, un terme tant galvaudé que ses caractéristiques exactes sont largement méconnues du public. Découvert par Hans Selye dans les années 30, le stress est un mode de réponse de l’organisme face à une situation qu’un individu craint de ne pouvoir gérer parce que son cortex préfrontal la juge difficile. Conflit, examen, opération chirurgicale, surcharge de travail,…les causes du stress sont infinies. L’organisme modifie alors sa chimie afin de réagir. Point important, une même situation peut vous stresser alors qu’elle va stimuler votre voisin. Le stress est toujours une réaction personnelle résultant d’une interprétation du cortex préfrontal. Ce dernier – dont le rôle est souvent comparé à celui d’un CEO (Chief Executive Officer, président en français) – dirige le fonctionnement du cerveau. En situation de stress, quelle qu’en soit l’origine, il active l’amygdale qui active à son tour via le cerveau limbique le niveau de vigilance dans l’organisme, déclenchant tout un ensemble de réactions en chaîne afin de faciliter le passage à l’action et d’assurer la survie en cas de danger. Au niveau de la physiologie, on constate ainsi une augmentation du rythme cardiaque, la constriction des vaisseaux sanguins ou le bandage des muscles. En plus de la hausse du cortisol dans le sang, le cerveau sécrète de l’épinéphrine, une hormone qui ralentit le système digestif, augmente la fréquence respiratoire, la pression sanguine, le taux de sucre…, autant de facteurs qui préparent à l’action. Cette hormone débranche momentanément le cortex préfrontal du cerveau pour laisser la conduite des opérations à l’amygdale et aux zones limbiques où sont logés les programmes des mécanismes de survie. La situation de stress passée, le repos permet de rétablir le fonctionnement normal de l’organisme, y compris de l’amygdale.

John Kabat-Zinn

John Kabat-Zinn

L’abondante littérature sur le sujet affirme qu’une certaine dose de stress serait nécessaire pour être productif, alors qu’en fait, ce sont les défis ou les échéances qui nous stimulent à agir ou à prendre des risques. En cas de stress léger, les modifications chimiques de l’organisme s’estompent rapidement et les paramètres retrouvent leur niveau normal après le repos apporté par une ou quelques nuits de bon sommeil. Si le stress devient chronique, l’amygdale est activée en permanence, créant un état d’hypervigilance que le repos de quelques nuits de sommeil ne suffit plus à inverser. Un tel état est justifié par la peur ressentie quand on traverse une jungle entouré d’ennemis par exemple. Dès lors, l’amygdale prend le contrôle du cortex préfrontal, ce qui arrive en cas de ‘burn out’ ou de stress post traumatique. Seul le profond repos apporté par les techniques de méditation atténue ces cas extrêmes, qu’il s’agisse du stress lié aux violences de la guerre et du stress intense de l’entreprise.

Les connexions neuronales détruites par le stress

Les connexions neuronales détruites par le stress

Autre effet du stress, les interconnexions neuronales, dont la richesse garantit le bon fonctionnement du cerveau, sont progressivement détruites. Résultat : l’attention se fragmente. L’individu perd sa capacité à se concentrer. Il ne porte l’attention sur ce qu’il fait que de manière partielle. Une grande partie de ses pensées échappent alors à son attention. Sa perception du temps est également fragmentée. Il est à la fois dans le présent, le passé et le futur. Une étude réalisée à l’université de Harvard par le psychologue Matthew Killingworth montre que nous passerions 46,9 % de nos heures éveillées à penser à autre chose qu’à ce que nous faisons. 30 % du temps serait passé à rêvasser au cours de toutes nos activités. La vie mentale serait ainsi  marquée du sceau d’une certaine « non présence ».

le fonctionnement du cerveau commence à être connu

le fonctionnement du cerveau commence à être connu

Les effets bénéfiques de la plupart des techniques de méditation face au stress reposent sur la plasticité du cerveau, c’est-à-dire la capacité de ce dernier à modifier ses structures en fonction des sollicitations qu’il reçoit. Ainsi, les circuits neuronaux fréquemment utilisés, ceux où les interconnexions neuronales sont riches, se consolident et se développent. Ceux qui servent peu ou qui sont victimes du stress finissent par s’étioler. La recherche montre que les différentes techniques de méditation augmentent les connexions entre différentes parties du cerveau[1]. La matière blanche[2] du cerveau de personnes pratiquant une technique de méditation présente plus de faisceaux de fibres nerveuses reliant les différentes parties du cerveau, notamment dans le corps calleux qui relie les hémisphères droit et gauche, le tractus pyramidal qui lie le cerveau à la moelle épinière et enfin dans le faisceau uniforme liant le lobe frontal au système limbique, le siège des émotions[3]. Parmi d’autres résultats, la recherche a montré un haut niveau d’activité dans les parties du cerveau qui contribuent à former les émotions positives (enthousiasme, maîtrise de soi, joie) assorti d’une activité moindre dans les parties reliées aux émotions négatives, notamment la zone en rapport avec la peur et la colère.
Les nombreux chercheurs ayant travaillé sur l’une ou l’autre des techniques de méditation et leurs effets sur le stress se sont réunis en 2013 à New York afin de mettre un peu d’ordre et de cohérence dans leurs travaux, notamment en termes de critères d’évaluation. A défaut d’avoir défini des critères communs, ils ont classé les techniques de méditation en trois familles qui se différencient aussi bien par leurs procédures que par le mode de fonctionnement du cerveau qu’elles induisent. Ce sont les « méditations avec attention focalisée », les « méditations avec attention non focalisée » et les « méditations avec transcendance automatique ». Chaque type de méditation aborde un angle différent pour explorer la conscience, induisant des expériences et des effets différents. La méditation de la compassion, qui appartient à la catégorie des « méditations avec attention focalisée », développe le « système émotionnel » du cerveau. La vie affective de la personne devient plus riche et plus complète. La méditation de la pleine conscience et la méditation Vipassana, qui sont des « méditations avec attention ouverte et non focalisée », développent la pleine conscience des situations et accroissent le bien-être mental et physique. La Méditation Transcendantale, qui est une « méditation avec transcendance automatique », va plus loin que le développement de compétences particulières. Elle développe une cohérence globale du cerveau, particulièrement visible dans les ondes alpha au moyen de l’électroencéphalographie (EEG) dans toutes les parties du cerveau, à commencer par le cortex préfrontal.

Les pensées pendant la pratique

Les pensées pendant la pratique

Pendant la pratique de la méditation de la pleine conscience, l’objet de cet article, l’attention est portée sur la respiration ou tout autre processus corporel. Ce mécanisme s’accompagne d’une acceptation du moment présent et de tout ce qui s’y passe sans aucun jugement. Il diminue le flot des pensées issues du vagabondage mental. Un examen des EEG permet de constater une activation du cortex préfrontal gauche, une légère augmentation des ondes alpha et thêta du cerveau, mais surtout une forte augmentation de l’amplitude des ondes gamma, phénomène que certains qualifient de « signature de la pleine conscience ». En cas de stress important, le vagabondage mental oblige la personne à faire un effort, et donc à se concentrer afin de garder l’attention sur la respiration. Cet effort de concentration crée une fatigue mentale. A ce stade de la pratique, certains abandonnent, convaincus que la technique ne fonctionne plus, qu’elle est difficile ou encore qu’ils tournent en rond. Il arrive aussi parfois que la personne lâche prise, l’attention se portant alors naturellement et sans effort vers un état de profond repos et de silence intérieur. Ceux qui ont pratiqué la pleine conscience – ou la méditation bouddhiste Vipassana qui lui a servi de point de départ- en ont certainement déjà fait accidentellement l’expérience. Il arrive aussi qu’au cours de la pratique la personne traverse des moments difficiles, semblables à des épisodes psychotiques. Dans un article académique sur le sujet[4], le psychologue britannique Tim Lomas, conférencier à l’Ecole de Psychologie de l’Université East London, explique que si la plupart des personnes bénéficient de la pleine conscience, un quart d’entre elles rencontrent des «difficultés considérables» en termes d’identité[5]. Explication possible : selon le psychologue, la pleine conscience leur fait prendre conscience de leur détresse sans leur apporter de solution. Quoiqu’il en soit, ces difficultés mettent en défaut l’analogie du cerveau fonctionnant comme un muscle qui aurait besoin d’exercice.

Le Dr Richard Davidson testant le moine Mathieu Ricard

Le Dr Richard Davidson testant le moine Mathieu Ricard

Concernant les effets généraux de cette technique, les travaux du Dr Richard Davidson (Université du Wisconsin) montrent que la pleine conscience développe la clarté d’intention, l’altruisme, la bonté, l’empathie et la compassion. Le Dr Sara Lazar (Harvard) a montré pour sa part un épaississement du cortex cérébral dans certaines zones précises du cerveau. Ce résultat est très net dans les aires cérébrales en rapport avec la vision, le cortex de l’insula droite et les sulcus supérieur et moyen du cortex préfrontal. L’insula droite, qui permet de prendre conscience des sensations du moment présent, se développe, ce qui n’a rien de surprenant puisque la pratique de pleine conscience consiste justement à porter son attention sur la respiration ou tout autre processus biologique. L’activation des sulcus du cortex préfrontal témoigne d’une meilleure stabilité émotionnelle. La pleine conscience développe plus de présence en éloignant l’attention de la zone du vagabondage mental. La partie du cerveau en rapport avec le monde extérieur est fortement activée pendant la pratique. Chez les méditants qui pratiquent depuis longtemps, les travaux de Judson Brewer et son équipe[6] ont montré, sur un petit échantillon, une activation du préfrontal gauche associée à une baisse de l’activation du réseau du mode par défaut (Default Mode Network)[7], signe d’un état d’activité certain pour le cerveau.

Le Dr. Sara Lazar

Le Dr. Sara Lazar

Une étude publiée dans Biological Psychiatry au début de l’année 2016 a tenté d’évaluer l’impact de la pleine conscience sur un groupe de 35 chômeurs présentant un niveau élevé de stress. Deux groupes ont été constitués : le premier a pratiqué la méditation de pleine conscience pendant trois jours, le second une technique classique de relaxation. Les 35 participants ont passé un scanner au repos 5 minutes avant de démarrer leurs programmes respectifs et après la pratique des trois jours. En outre, des prélèvements sanguins ont été effectués avant le début des séances et après quatre mois afin de mesurer l’interleukine 6, biomarqueur des états d’inflammation. Résultats ? Les scanners ont montré que la pratique de la pleine conscience augmentait la connectivité dans le cortex préfrontal dorso-latéral (préfrontal gauche), ce qui n’était pas le cas dans le groupe ayant pratiqué la relaxation. Par ailleurs, les participants qui ont médité ont vu leur taux d’interleukine-6 baisser. Selon David Creswell, principal auteur de cette étude[8], la réorganisation neuronale du cerveau favoriserait une meilleure gestion du stress et de l’une de ses conséquences, à savoir l’inflammation.

Imagerie médicale du cerveau d'un sujet méditant

Imagerie médicale du cerveau d’un sujet méditant

Une autre recherche conduite l’an dernier à l’université de San Diego[9] montre par ailleurs que la pleine conscience déstructure et transforme la relation au temps, ce qui pourrait favoriser la création de faux souvenirs et avoir un effet négatif sur les tests de mémoire. Lors de cette recherche, trois cents participants ont été divisés en deux groupes. Le premier a été invité à pratiquer quinze minutes de méditation guidée où l’attention était portée sur la respiration. Le second devait seulement rester calme, les yeux fermés et penser à ce qui lui venait à l’esprit. Les deux groupes ont été soumis à un test classique de mémorisation d’une liste de quinze mots ayant un lien sémantique avec le terme « ordure ». Il leur a été demandé de restituer autant de mots que possible. Résultat : les deux groupes se sont souvenus du même nombre de mots. En revanche, 39% des participants du groupe ayant pratiqué la pleine conscience se sont rappelé avoir lu le terme « ordures » dans la liste contre seulement 20%  pour l’autre groupe! Bien sûr, le terme n’y figurait pas. « Avec la méditation de la pleine conscience, les souvenirs deviennent moins fiables » concluent les auteurs de cette recherche.

 

Psychiatre et spécialiste des thérapies fondées sur la méditation de pleine conscience, le Dr Yasmine Liénard a tenté d’expliquer ce résultat pour le moins surprenant dans les colonnes du magazine français Sciences et Avenir : « Lorsqu’on médite, il y a comme un état de sidération. On apprend à oublier qui on est, où l’on est selon nos concepts habituels et cela peut créer une désorganisation cognitive secondaire. La méditation déstructure les repères habituels et transforme le rapport au temps. Les personnes vont mieux, mais le rapport au monde est transformé. Cela doit être accompagné et pour qu’il n’y ait pas de conséquences sur la vie quotidienne, il faut trouver des ressources pour rester stable. » Notons qu’aucune autre technique de méditation ne présente un tel résultat aux tests de mémoire.

La mémoire immédiate est perturbée

La mémoire immédiate est perturbée

Systématiquement relayées par les grands médias, de très nombreuses études ont été menées ces dernières années sur la technique de la pleine conscience. Quels enseignements peut-on en tirer ? Une méta-analyse, publiée début 2014 dans le Journal of American Medical Association, Internal Medicine[10], conclut que les résultats de cette pratique en termes de santé sont « faibles à modérés » sur l’anxiété, la dépression et la douleur. Professeur de médecine interne à l’Ecole de Médecine Johns Hopkins, Madhav Goyal, principal auteur de cette méta-analyse, estime que des recherches plus approfondies sur des échantillons plus significatifs sont nécessaires. La méta-analyse qu’il a conduite porte sur un échantillon de 3500 participants à 47 études. Après évaluation vigilante de l’effet placebo de ces études, Madhav Goyal estime que les effets de la pleine conscience ne sont pas suffisamment significatifs sur la santé, l’humeur, les habitudes alimentaires, le sommeil ou la régulation du poids. Ce constat vient confirmer celui de l’American Heart Association qui classait en 2013 la pleine conscience parmi les techniques de méditation dont les études n’apportaient pas suffisamment de preuves scientifiques quant à leurs effets positifs sur l’hypertension.

Le Dr. Madhav Goyal

Le Dr. Madhav Goyal

Peu au fait de ces recherches, le public a adopté cette technique que l’on peut apprendre dans un livre, voire télécharger sur son mobile. Si elle gagne en popularité, son succès tient dans une large mesure à la « laïcité » de la pratique. Inspirée de la méditation Vipassana, la technique a volontairement sacrifié tout rituel, se retrouvant en quelque sorte coupée de ses racines : elle n’a plus accès à l’expérience millénaire de la méditation Vipassana, connaissance pourtant nécessaire pour avancer sur un chemin d’évolution bien plus subtil que le discours marketing ne laisse entrevoir. D’autres techniques de méditation n’ont pas coupé leur lien avec la tradition dont elles proviennent, ce qui ne les empêche pas d’être pratiquées par des personnes de toutes croyances religieuses et de tous milieux sociaux. Notons par ailleurs que les entreprises américaines qui ont introduit la pleine conscience auprès de leur personnel font néanmoins appel à des maîtres issus de la tradition bouddhiste. Chez Google, Chade-Meng Tan, homme de tradition bouddhiste, orchestre l’apprentissage et la pratique du personnel, ce qui est paradoxal pour une technique qui s’affirme « laïque », mais tout à fait justifié dès lors qu’il s’agit répondre aux multiples questions que peut susciter toute pratique méditative. Autre facteur qui contribue au succès de la pleine conscience : un discours marketing bien ficelé autour de la réduction du stress par la présence, notion présentée comme l’alpha et l’oméga de la pratique, un point d’accès au bonheur. Cette association, en partie exacte, repose sur le fait que le vagabondage mental est révélateur d’un état de manque de bonheur. Toutefois, nous savons que le présent peut être lui aussi source de manque de bonheur !

Le Bouddha

Le Bouddha

A cause de la laïcisation du discours, la dimension spirituelle de cette technique de méditation  a totalement disparu de l’épure alors que la pratique éveille inexorablement cette dimension de la personne, conduisant parfois à des expériences difficiles. Comment expliquer de telles difficultés ? Le médecin américain Daniel Ingram[11], spécialiste du Bouddhisme Theravada, animateur d’un forum de méditation fréquenté par plus de 5000 personnes, estime que ces expériences font partie du chemin d’évolution vers l’éveil spirituel selon le Bouddhisme Theravada. Dans cette tradition, il y a une phase de la pratique qui induit des expériences en rapport avec l’identité pouvant déboucher sur des états dépressifs, voire des suicides. C’est là que le rattachement à une tradition, voire à la présence d’un maître spirituel, deviennent indispensables pour traverser indemne de telles expériences et atteindre l’éveil spirituel.

Le "gourou" de Google

Le « gourou » de Google

Pour en revenir à la pleine conscience, la présence est présentée comme le seul but de cette technique de méditation, y compris à long terme, alors que les traditions bouddhistes ne visent rien de moins que l’éveil spirituel. Rappelons que c’est en méditant sous son arbre que le Bouddha a atteint la conscience cosmique, une étape clé de l’illumination.  On notera que l’état de présence glorifié par la pleine conscience n’a pas de caractéristiques biologiques particulières. C’est l’état de veille ordinaire amputé du vagabondage mental. Par des chemins différents, toutes les techniques de méditation ramènent l’attention à ce même instant présent, loin de la zone du vagabondage mental. La pleine conscience n’apporte donc rien de spécifique de ce point de vue. Combien de temps l’attention reste-t-elle focalisée sur le moment présent ? Tout dépend bien sûr de la personne et de son état de stress. Chez les vétérans de guerres ou les victimes d’attentats souffrant de stress post traumatique, l’attention est accaparée en permanence par les souvenirs traumatiques, l’amygdale ayant ravi le contrôle du cerveau au cortex préfrontal. C’est pourquoi ces personnes peinent à vivre une « vie normale » avec une activité professionnelle et des relations satisfaisantes.

Le cerveau est touché par la dépression

Le cerveau est touché par la dépression

Conclusion : les études montrent que la pleine conscience développe à l’évidence des qualités d’altruisme. Elle entraîne le cerveau du méditant à rester focalisé sur l’instant présent, ce qui permet de diminuer jusqu’à un certain degré l’anxiété, la dépression et la douleur. Ses effets sur la santé restent à valider par des études plus poussées.

 

Jo Cohen, Consultant en ressources humaines

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[1]                       ‘Long-Term Meditators Self-Induce High-Amplitude Gamma Synchrony During Mental Practice’, Antoine Lutz,  Lawrence L. Greischar ,  Nancy B. Rawlings , Matthieu Ricard  and Richard J. Davidson, Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America.

[2]                               La matière blanche est une catégorie de tissu du système nerveux central, principalement composé d’axones associés à des gaines de myéline ou non des neurones. Elle relie différentes aires de la substance grise où se situent les corps cellulaires des neurones.

[3]                             « Enhanced brain connectivity in long-term meditation practitioners” .  Luders E, Clark K et al. Neuroimage 2011 June 6

 

[4]                              “A Qualitative Analysis of Experiential Challenges Associated with Meditation Practice” Tim Lomas , Tina Cartwright, Trudi Edginton, Damien Ridge. Mindfulness

August 2015, Volume 6, Issue 4, pp 848-860 First online: 10 August 2014

[5]                              Radio BBC a rapporté quelques cas que vous pouvez écouter en anglais. http://www.bbc.co.uk/programmes/articles/2nB1psRz3JFQpzDh6J2Z6xl/is-mindfulness-meditation-dangerous

[6]
                        [6]                             « Meditation experience is associated with differences in default mode network activity and connectivity”, Judson Brewer & al. Proceedings of National Academy of Science of the USA, dec.2013.

 

[7]
[7]                             Ce réseau est constitué des régions cérébrales qui restent actives lorsqu’un individu n’est plus focalisé sur le monde extérieur, son cerveau étant alors considéré dans un état de repos.

 

[8]
[8]                             L’étude a été menée au département des Sciences Humaines et Sociales de l’Université américaine Carnegie Mellon.

 

[9]
[9]                             Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Psychological Science.

 

[10]                             “Meditation Programs for Psychological Stress and Well-being: A Systematic Review and Meta-analysis”, Drs Madhav Goyal, Sonal Singh, Anastasia Rowland-Seymour, Zackary Berger, Padmini Ranasinghe and Eric Bass. JAMA IM January 2014.

 

[11]                             http://www.buddhistgeeks.com/author/daniel-ingram/

7 réflexions au sujet de « Comprendre les effets de la pratique de la méditation de la pleine conscience »

  1. JACQUELINE

    Bonjour JO
    merci pour cet article très intéressant qui une fois de plus démontre combien la méditation et la pleine conscience peuvent faire du bien dans la vie quotidienne.
    à bientôt
    amitié
    Jacqueline

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