Comprendre les effets de la pratique de la méditation transcendantale (1ère partie)

La méditation transcendantale

La méditation transcendantale

Nous avons examiné en détail dans un précédent article ce qui se passe dans l’organisme, et notamment dans le cerveau, lors de la pratique de la méditation de la pleine conscience (voir à ce sujet http://management-vedique.com/comprendre-les-effets-de-la-pratique-de-la-meditation-de-la-pleine-conscience/).  De la même façon, examinons à présent ce qui se passe dans l’organisme et dans le cerveau lors de la pratique de la méditation transcendantale, une technique qui se présente comme simple, naturelle et sans efforts. Tant par ses mécanismes que par ses résultats, elle diffère totalement des méditations avec attention non focalisée dont fait partie la pleine conscience. Elle est classée dans la famille des techniques avec transcendance automatique. Basée sur l’usage d’un mantra – un son sans signification – elle se pratique les yeux fermés deux fois par jour pendant une vingtaine de minutes.

Cette technique, issue de la tradition védique, a été introduite en Occident vers la fin des années 50’ par le sage indien Maharishi Mahesh Yogi. Il a formé de nombreux professeurs de méditation transcendantale afin que cette technique soit enseignée de la même façon partout dans le monde. Aujourd’hui, elle est pratiquée par des millions de personnes de toutes classes sociales et de toutes religions dans le monde entier. De très nombreuses recherches montrent que la méditation transcendantale est de loin la plus efficace des techniques pour réduire le stress. Une méta-analyse de 146 études indépendantes faite par des chercheurs de Stanford University, et dont les résultats ont été publiés dans le Journal of Clinical Psychology, montre que la méditation transcendantale est deux fois plus efficace que les autres techniques de méditation pour ce qui est du stress et de l’anxiété. Alors qu’une nuit de sommeil diminue le taux de cortisol, l’hormone du stress, d’environ 10%, une séance de méditation transcendantale le réduit de 30 à 40% ! Comment cette technique agit-elle sur le fonctionnement du cerveau ? Avant de répondre à cette question, rappelons en quelques lignes comment fonctionne notre cerveau.

Maharishi Mahesh Yogi avec Hans Selye, inventeur du stress

Maharishi Mahesh Yogi avec Hans Selye, inventeur du stress

Cet organe d’un kilo et demi comporte environ 200 milliards de cellules, dont 10% de neurones, 4 millions de km d’axones et un milliard de milliards de synapses. Il comporte environ 50% de cellules gliales qui fait office de « colle » et dont l’action modulatrice sur la neurotransmission est désormais reconnue. Le rôle du cerveau est d’unifier la diversité du monde extérieur qui le bombarde en permanence de milliards d’informations au travers des cinq sens. De plus en plus d’experts en neurosciences admettent que le siège de la conscience est dans l’activité non matérielle du cerveau matériel, un peu comme un poste radio qui recevrait ses programmes au travers d’ondes électromagnétiques. Aspect fondamental du fonctionnement du cerveau, plusieurs gammes d’ondes électriques ont été mises en évidence par la technique de l’électroencéphalographie (EEG) : les ondes delta en dessous de 3,5 Hz, les ondes thêta entre 4 et 8 Hz, les ondes alpha entre 8 et 12 Hz, les ondes bêta de 12 à 25 Hz et enfin les ondes gamma au-dessus de 25 Hz. Elles témoignent d’activités spécifiques dans le reste de la physiologie : les ondes delta sont généralement associées au sommeil profond sans rêves, les ondes thêta à un état de relaxation profonde avec éveil, les ondes alpha caractérisent un état de relaxation, les ondes bêta sont celles de l’activité normale et enfin les ondes gamma témoignent d’une intense activité, souvent associée à la créativité.

Le Dr. Alarik Arenander expliquant le cerveau

Le Dr. Alarik Arenander expliquant le cerveau

Au plan anatomique, malgré sa complexité apparente, le cerveau peut être divisé en quatre grandes parties : la zone avant du cortex préfrontal, la zone arrière du cortex pariétal et occipital ainsi que, de chaque côté des deux hémisphères, un lobe temporal. La zone occipitale gouverne la vision, la zone pariétale est en relation avec l’espace-temps, la zone temporale gauche gouverne la mémoire et le langage, la zone temporale droite est en relation avec des fonctions sensorielles telles que l’audition et le goût alors que le cortex préfrontal est lié à l’ensemble des fonctions évoluées touchant à l’identité et à la personnalité du sujet. Schématiquement, l’avant du cerveau est en relation avec le monde intérieur, le sujet, alors que l’arrière est en rapport avec notre représentation du monde extérieur (vision, ouïe, toucher, etc.), l’objet observé. Le cortex préfrontal du cerveau humain se trouve juste derrière le front. Il  gouverne des fonctions cognitives essentielles telles que l’intelligence, le raisonnement moral, les croyances, la stabilité émotionnelle, le développement de la personnalité, la confiance en soi, la créativité, le leadership, les performances académiques, la capacité à décider, etc. Les ondes alpha caractérisent le sujet et donc l’observateur, les ondes béta le processus d’observation et les ondes gamma l’objet observé.

Le phénomène du stress

Le phénomène du stress

Examinons à présent de manière détaillée le phénomène du stress, un terme tant galvaudé que ses caractéristiques exactes sont largement méconnues du public. Découvert par Hans Selye dans les années 30, le stress est un mode de réponse de l’organisme face à une situation qu’un individu craint de ne pouvoir gérer parce que son cortex préfrontal la juge difficile. Conflit, examen, opération chirurgicale, surcharge de travail,…les causes du stress sont infinies. L’organisme modifie alors sa chimie afin de réagir. Point important, une même situation peut vous stresser alors qu’elle va galvaniser votre voisin. Le stress est toujours une réaction personnelle résultant d’une interprétation du cortex préfrontal. Ce dernier, souvent appelé CEO[1], dirige le fonctionnement du cerveau. En situation de stress, quelle qu’en soit l’origine, il active l’amygdale qui active à son tour via le cerveau limbique le niveau de vigilance dans l’organisme, déclenchant tout un ensemble de réactions en chaîne afin de faciliter le passage à l’action et d’assurer la survie en cas de danger. Au niveau de la physiologie, on constate ainsi une augmentation du rythme cardiaque, la constriction des vaisseaux sanguins ou le bandage des muscles. En plus de la hausse du cortisol dans le sang, le cerveau sécrète de l’épinéphrine, une hormone qui ralentit le système digestif, augmente la fréquence respiratoire, la pression sanguine, le taux de sucre…, autant de facteurs qui préparent à l’action. Cette hormone débranche momentanément le cortex préfrontal du cerveau pour laisser la conduite des opérations à l’amygdale et aux zones limbiques où sont logés les programmes des mécanismes de survie. La situation de stress passée, le repos permet de rétablir le fonctionnement normal de l’organisme, y compris de l’amygdale.

Le stress post-traumatique touche les militaires

Le stress post-traumatique touche les militaires

L’abondante littérature sur le sujet affirme qu’une certaine dose de stress serait nécessaire pour être productif, alors qu’en fait, toutes les études montrent que le cerveau sous l’effet du stress ne peut ni travailler, ni apprendre et ni résoudre un problème correctement. En réalité, ce sont les défis ou les échéances qui nous poussent à agir, à nous mobiliser ou à prendre des risques. En cas de stress léger, les modifications chimiques de l’organisme s’estompent rapidement et les paramètres retrouvent leur niveau normal après le repos apporté par une ou quelques nuits de bon sommeil. Si le stress devient chronique, l’amygdale est activée en permanence, créant un état d’hypervigilance que le repos de quelques nuits de sommeil ne suffit plus à inverser. Un tel état d’hypervigilance est révélateur de la peur ressentie par un militaire lorsqu’il traverse une jungle, entouré d’ennemis qui peuvent le tuer au moindre manque d’attention. Il écoute le moindre bruit afin de détecter la présence d’un soldat ennemi. Dès lors, l’amygdale prend le contrôle du cortex préfrontal, ce qui arrive aussi en cas de ‘burn out’ ou de stress post traumatique. Seul le profond repos apporté par les techniques de méditation atténue les stress de la vie quotidienne, mais aussi le stress extrême engendré par les situations de violences liées à la guerre et les situations de ‘burn out’ en entreprise.

Les interconnexions neuronales sont détruites

Les interconnexions neuronales sont détruites

Autre effet bien connu du stress, les interconnexions neuronales, dont la richesse garantit le bon fonctionnement du cerveau, sont progressivement détruites. Résultat : l’attention se fragmente. L’individu perd sa capacité à se concentrer. Il ne porte l’attention sur ce qu’il fait que de manière partielle. Une grande partie de ses pensées échappent alors à son attention. Sa perception du temps est également fragmentée. Il est à la fois dans le présent, le passé et le futur. Une étude réalisée à l’université de Harvard par le psychologue Matthew Killingworth montre que nous passerions 46,9 % de nos heures éveillées à penser à autre chose qu’à ce que nous faisons. 30 % du temps serait passé à rêvasser au cours de toutes nos activités. La vie mentale serait ainsi  marquée du sceau d’une certaine « non présence ».

Plasticité du cerveau

Plasticité du cerveau

Les effets bénéfiques des nombreuses techniques de méditation face au stress reposent sur la plasticité du cerveau, c’est-à-dire la capacité de ce dernier à modifier ses structures en fonction des sollicitations qu’il reçoit. « Le cerveau est comme une rivière, et non un rocher » explique le Dr. Fred Travis, directeur du Center for Brain, Consciousness and Cognition à l’Université Maharishi du Management. Ainsi, les circuits neuronaux fréquemment utilisés, ceux où les interconnexions neuronales sont riches, se consolident et se développent. Ceux qui servent peu ou qui sont victimes du stress finissent par s’étioler. La recherche montre que les différentes techniques de méditation augmentent les connexions entre différentes parties du cerveau[2]. La matière blanche de personnes pratiquant une technique de méditation présente plus de faisceaux de fibres nerveuses reliant les différentes parties du cerveau, notamment dans le corps calleux qui relie les hémisphères droit et gauche, le tractus pyramidal qui lie le cerveau à la moelle épinière et enfin dans le faisceau uniforme liant le lobe frontal au système limbique, le siège des émotions[3]. Parmi d’autres résultats, la recherche a montré un haut niveau d’activité dans les parties du cerveau qui contribuent à former les émotions positives (enthousiasme, maîtrise de soi, joie) assorti d’une activité moindre dans les parties reliées aux émotions négatives, notamment la zone en rapport avec  la peur et la colère.

Une vingtaine de minutes deux fois par jour

Une vingtaine de minutes deux fois par jour

Les nombreux chercheurs ayant travaillé sur l’une ou l’autre des techniques de méditation et leurs effets sur le stress se sont réunis en 2013 à New York afin de mettre un peu d’ordre et de cohérence dans leurs travaux, notamment en termes de critères d’évaluation. A défaut d’avoir défini des critères communs, ils ont classé les techniques de méditation en trois familles qui se différencient aussi bien par leurs procédures que par le mode de fonctionnement du cerveau qu’elles induisent. Ce sont les « méditations avec attention focalisée », les « méditations avec attention non focalisée » et les « méditations avec transcendance automatique ». Chaque type de méditation aborde un angle différent pour explorer la conscience, induisant des expériences et des effets différents. La méditation de la compassion, qui appartient à la catégorie des « méditations avec attention focalisée », développe le « système émotionnel » du cerveau. La vie affective de la personne devient plus riche et plus complète. La méditation de la pleine conscience et la méditation Vipassana, qui sont des « méditations avec attention ouverte et non focalisée », développent la pleine conscience des situations et accroissent le bien-être mental et physique. La Méditation Transcendantale, qui est une « méditation avec transcendance automatique », ne se limite pas à développer une compétence particulière, mais crée une cohérence globale du cerveau, particulièrement visible dans les ondes alpha au moyen de l’électroencéphalographie (EEG) dans toutes les parties du cerveau, à commencer par le cortex préfrontal.

Amplitude et cohérence Alpha du cortex préfrontal

Amplitude et cohérence Alpha du cortex préfrontal

En effet, pendant la pratique de la méditation transcendantale, un examen rapide des EEG permet de constater une augmentation immédiate et significative de l’amplitude des ondes alpha dans le cortex préfrontal, tant du côté gauche que du côté droit, associé à une forte cohérence entre les hémisphères gauche et droit, au-delà de 90 %. Cette puissante amplitude comme cette cohérence des ondes alpha traduisent un fort développement de tout le cortex préfrontal et donc de la personnalité du sujet. Ainsi, alors que le niveau de cohérence chez des personnes ne pratiquant aucune technique de méditation se situe en moyenne entre 25 et 35%, il se situe pendant l’activité entre 60 et 70 % chez les personnes qui pratiquent la méditation transcendantale. On note par ailleurs pendant la pratique de la technique une hausse de l’activation du réseau du mode par défaut (Default Mode Network)[4], signe d’un état de repos pour le cerveau. Un examen plus détaillé des EEG permet de noter que ce sont les ondes Alpha 1, dont la fréquence s’étend de 8 à 10 HZ, qui prédominent dans les tracés. Elles sont associées à l’expérience de la transcendance et représentent de ce fait la véritable signature de la méditation transcendantale.

La transcendance, clé de la méditation

La transcendance, clé de la méditation

Mais, qu’est-ce que la transcendance ? Dans la langue française, « transcender »  signifie aller au-delà. La transcendance consiste simplement à aller au-delà de la pensée, là où réside cette source silencieuse de l’Etre et d’où émergent toutes les pensées. Cette expérience est naturelle. Beaucoup de personnes en font ponctuellement l’expérience. Certains artistes l’ont chantée dans leurs poèmes. Le fameux « Oh temps, suspend ton vol » du poème Le Lac de Lamartine traduit une expérience intérieure de transcendance. Avec la méditation transcendantale – ou une technique de la famille des méditations à transcendance automatique – cette expérience universelle devient systématique et non plus accidentelle. Notons que les chercheurs n’ont pas trouvé de signes de cette expérience dans la pratique des autres familles de méditation.

Transcender

Transcender

En neurosciences, la transcendance est associée à un état physiologique hypométabolique appelé ‘Wakeful Hypometabolic State’, un état différent des trois états de conscience ordinaires que sont  l’état d’éveil, l’état de rêve et l’état de sommeil profond. Il ne peut être produit ou induit par hypnose ou par suggestion. Seule une technique de méditation peut y donner accès. Grâce à la technique de méditation transcendantale, ce quatrième état de conscience, reconnu par les neurosciences, a fait l’objet de plus de quarante années de recherches, notamment dans le domaine de la santé. La méditation transcendantale commence là où les autres techniques s’arrêtent : alors que la méditation de la pleine conscience a pour objet de porter l’attention sur le souffle, l’observation des pensées ou les sensations corporelles, la méditation transcendantale ne se préoccupe ni de la respiration, ni des pensées, ni des sensations. Elle conduit de manière automatique l’attention au-delà des pensées et de toute activité mentale, émotive ou perceptuelle. Le corps connaît alors un repos beaucoup plus profond[5] que pendant le sommeil profond, donnant de meilleurs résultats en termes de santé physique et mentale par rapport aux techniques de méditation qui se contentent de diminuer le stress.

Jo Cohen, consultant en Ressources Humaines

NB : La suite de cet article est dans la 2ème partie.

 

 

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[1]                             CEO ou Chief Executive Officer représente le président, celui qui dirige.

[2]              ‘Long-Term Meditators Self-Induce High-Amplitude Gamma Synchrony During Mental Practice’, Antoine Lutz,  Lawrence L. Greischar ,  Nancy B. Rawlings , Matthieu Ricard  and Richard J. Davidson, Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America.

[3]              Luders E, Clark K et al. Enhanced brain connectivity in long-term meditation practitioners. Neuroimage. 2011 June 6
[4]                              Ce réseau est constitué des régions cérébrales qui restent actives lorsqu’un individu n’est plus focalisé sur le monde extérieur, son cerveau étant alors considéré dans un état de repos.
[5]                              La mesure de la consommation d’oxygène montre une baisse très nette du métabolisme.

3 réflexions au sujet de « Comprendre les effets de la pratique de la méditation transcendantale (1ère partie) »

  1. Roger Périgny

    La cohérence des ondes alpha caractérisent la MT. En plus, l’hypothalamus est au repos profond. Ce qui dénote la Transcendance, c’est l’état d’éveil de la conscience mais le corps est au repos profond. Les scientifiques l’appellent un 4ième état de conscience transcendantale : l’état d’éveil au repos.
    Félicitations pour votre recherche intéressante et inspirante. Merci.

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  2. Jacqueline Benoit

    J’apprécie beaucoup ton article.
    Il semble y avoir une petite erreur dans ce paragraphe de ton texte:
    « Elles témoignent d’activités spécifiques dans le reste de la physiologie : les ondes delta sont généralement associées au sommeil profond sans rêves, les ondes thêta à un état de relaxation profonde avec éveil, les ondes alpha caractérisent un état de relaxation, les ondes bêta sont celles de l’activité normale et enfin les ondes gamma témoignent d’une intense activité, souvent associée à la créativité. »

    Tu as écrit:  » les ondes thêta à un état de relaxation profonde avec éveil, les ondes alpha caractérisent un état de relaxation ???

    Ma compréhension, les ondes thêta sont généralement associées à un état de relaxation semblable à l’état de somnolence. Ce sont les ondes alpha qui sont associées à une relaxation profonde avec éveil – l’état d’éveil au repos.

    Merci!
    Jacqueline

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