Créativité, l’antistress de l’économie

Diminuer le stress dans l'entreprise

Si l’on se réfère au Petit Larousse, le terme créativité représente la capacité d’imagination, d’invention et de création. Les candidats au concours Lépine entrent ainsi de plain pied dans la catégorie de personnes créatives. Si cette acception de la créativité semble consensuelle, elle est loin de couvrir toutes les facettes du sujet. La créativité n’est pas la chasse gardée des artistes ou des candidats aux prix Nobel. En outre, dans l’inconscient collectif, stress et souffrance sont considérés comme des leviers de la créativité. Totalement infondée, cette « corrélation en apparence » est si vivace que l’économie n’a pas étudié en profondeur les mécanismes de la créativité, pourtant moteur essentiel comme le montre l’histoire exemplaire d’Apple. Cette société a réussi à démocratiser les recherches d’autres laboratoires que les siens pour faire de l’informatique individuelle un outil convivial pour tous ou du téléphone mobile un ordinateur de poche à tout faire. Son poids dans l’économie numérique ne peut être contesté.

Les entreprises japonaises ont compris avant d’autres que la créativité est l’affaire de tous. Des boîtes sur toutes les chaines de production recueillent les idées des travailleurs afin d’améliorer les processus sur lesquels ils travaillent jour après jour. Ils apportent ainsi leur part créative au succès de l’entreprise. Idem pour le comptable ou la secrétaire. Plus haut dans la pyramide hiérarchique, le manager hérite d’une mission similaire : mettre sa créativité au service de la stratégie de l’entreprise. L’exemple de Méphisto est révélateur. Ses dirigeants ont trouvé « normal » de développer un catalogue de chaussures haut de gamme avec un fort différentiateur de confort urbain afin d’échapper à la concurrence frontale d’entreprises chinoises capables d’offrir des chaussures plus classiques mais quatre à cinq fois moins cher. L’entreprise qui concurrence frontalement des pays à bas coûts salariaux sans différentiateur fort a certainement manqué de créativité, qu’elle fabrique des chaussures, des téléphones mobiles ou qu’elle vende des prestations intellectuelles. Chaque travail exige de la créativité pour être fait correctement. L’innovation technologique est une facette de la créativité, l’optimisation d’une chaîne logistique ou la mise en place d’un logiciel en sont aussi. La créativité s’exprime partout. L’entreprise a donc besoin d’un personnel créatif à tous les postes qu’elle propose.

La créativité, c’est quoi au juste ? « C’est une attitude intérieure » estime Julia Cameron, spécialiste américaine du sujet. Elle exige du recul afin de sortir du conformisme et de la routine. C’est la voie de la différentiation qui demande le courage de faire feu de tout bois et d’oser braver les croyances d’autrui. La science moderne nous apprend depuis peu qu’il existe une neurophysiologie de la créativité. Point de départ du processus : la réalité. Ce que nous percevons est toujours une interprétation de stimulis sensoriels en fonction des connexions neuronales établies dans notre cerveau. La plasticité du cerveau humain a fait son chemin ces dernières décennies dans les milieux scientifiques. Celui qui porte des lunettes qui inversent l’image qui s’imprime sur sa rétine mettra deux ou trois jours à renverser cette image et voir la « réalité » comme auparavant. Elle est construite sur la base de nos perceptions.

Que nous apprend la science moderne à ce sujet ? Le créatif mobilise plus de zones de son cerveau afin de trouver des solutions efficaces, tranchant radicalement avec celles issues d’une mobilisation limitée des zones du cerveau. Le créatif utilise mieux les ressources de son cerveau. De nombreuses recherches montrent que la méditation favorise le processus créatif. Les travaux du Professeur Nicolaï Nicolaïevitch Lyubimov, président du Laboratoire de Recherche de Neurocybernétique de l’Académie des Sciences Médicales de Moscou sont parmi les plus avancés. Ils montrent que pendant la pratique de la méditation transcendantale, parallèlement au phénomène de synchronisation des ondes cérébrales dans les bandes alpha et théta, on note une plus grande mobilisation des différentes structures du cerveau, un élargissement du champ de perception ainsi qu’un accroissement du spectre dans les ondes bêta. Ce dernier phénomène est lié à une plus grande activité créatrice pendant la pratique. Selon le professeur russe – qui a présenté cette recherche dans le cadre d’un séminaire tenu en mai 1995 aux Pays Bas sur le thème du management et de la neurophysiologie – il n’existe pas de moyen plus efficace que la méditation transcendantale pour mobiliser des ressources aussi importantes dans le cerveau. Ses travaux montrent ce que toutes les autres recherches montrent, à savoir que le stress est un frein à la créativité. L’individu stressé devient de moins en moins créatif. Une étude plus ancienne sur la technique de méditation transcendantale, publiée en 1979 dans le Journal of Creative Behavior, montre le développement de la crativité figurative et verbale des sujets pratiquant cette technique depuis cinq mois. La créativité a été mesurée par les tests de pensée créatrice de Torrance.

 

La méditation développe la créativité

Une étude, utilisant les tests de Torrance sur la pensée créatrice, a mesuré la créativité figurative et verbale de deux groupes de personnes dont l’un pratiquait la Méditation Transcendantale et l’autre pas. Au post-test qui eut lieu cinq mois plus tard, le groupe qui pratiquait la Méditation Transcendantale obtenait des résultats significativement plus élevés, en originalité, flexibilité picturale et aisance verbale, par rapport au groupe contrôle.

 

Une entreprise qui crée un climat de stress pour ses employés se coupe progressivement des ressources créatrices de son personnel. Ce climat peut résulter de multiples causes, d’un management inapproprié, d’exigences de résultats irréalistes ou simplement de conflits exacerbés entre individus ou groupes d’individus. Les cas extrêmes de ‘burn out’ ayant conduit à des suicides dans de grandes entreprises françaises sont de toutes les mémoires. De nombreuses sociétés américaines, conscientes de ces dangers, mettent en place, avec plus ou moins de succès, des programmes destinés à diminuer le stress inhérent à cette société hyperconnectée du Web 2.0. Goggle, Twitter ou Facebook ont mis en place de tels programmes, même si les résultats sont encore difficiles à mesurer. Ainsi, Google offre à son personnel de la Silicon Valley des cours de méditation. Objectif affiché : augmenter la vigilance pendant le travail afin de sortir de la routine et du conformisme qui tuent la créativité. Ces exemples d’avant garde montrent que les conditions de travail sont amenées à prendre une place de plus en plus importante dans nos sociétés.

Car le stress touche tôt ou tard toutes les entreprises. Même celles qui sont devenues leaders pour avoir su exploiter un moment la créativité de leurs employés ne sont pas à l’abri. L’exemple de Nokia a de quoi faire réfléchir. Premier fabricant mondial de téléphonie mobile, la société n’a pas vu venir cet Ovni appelé smartphone. Pire, elle n’a pas cru à son potentiel et nié l’évidence. Les chercheurs de Nokia ont estimé en effet que l’appareil n’avait aucun avenir parce qu’il consommait trop, nécessitant une recharge quotidienne que les utilisateurs refuseraient de toute évidence ! La suite…on la connait, hélas. En quelques mots, Nokia fait les premières pertes de son histoire, procède à des licenciements massifs et tente de prendre le train en marche en misant sur la plate-forme Symbian alors qu’iOS et Android ont, selon les spécialistes de ce marché, les meilleurs potentiels de réussite. La capitalisation boursière du géant finlandais est divisée par dix par rapport à celle de 2007. En pleine crise en fin 2010, la société remercie son président et confie les rennes à un ancien de Microsoft qui fait de la solution Windows Phone de son ex-employeur la bouée de sauvetage de l’entreprise. Nokia a du mal à remonter la pente. Cet été, la division « terminaux » de Nokia est rachetée par Microsoft.

Fil rouge de cette descente aux enfers ? La perte de créativité engendrée par le stress ! Cette situation conduit tôt ou tard à des licenciements. Ces derniers touchent-ils en premier le personnel le plus stressé ? L’hypothèse parait tentante, même si elle reste à valider. Elle signifierait que, contrairement aux idées reçues, le chômage ne frapperait pas au hasard. Il viserait les moins créatifs, et donc, les plus stressés. A ce sujet, beaucoup estiment qu’avec plus de trois millions de chômeurs, la France a du chemin à faire en matière de conditions de travail. La dernière enquête de l’Observatoire de la vie au travail indique que 65 % des salariés se sentent très exposés au stress. Extrême révélateur de ce climat, un actif sur trois a déjà pensé au suicide selon l’étude du cabinet Technologia. 27% des actifs auraient déjà pensé au suicide et 3% y auraient même pensé « souvent ». 15% auraient été confrontés à une crise suicidaire dans leur entreprise.

Face à ces situations désespérées, l’étude Technologia montre que les actifs jugent la réponse de leur employeur inadaptée dans 63% des cas. De tels drames ont des répercussions négatives dans l’entreprise dans 40% des cas. D’où la question : comment sortir de cette spirale infernale ? En s’attaquant au stress avec des outils appropriés. L’amélioration des conditions de travail – et par contrecoup celle de la créativité – en dépendent. L’avenir de notre économie, aussi!

Jo Cohen

Sources I : « The TM technique and creativity : A longitudinal study of Cornell University undergraduates », Journal of Creative Behavior 13 : 169-190, 1979.

Sources II : « A psychological investigation into the source of the effect of the Transcendental Meditation technique », Thèse de doctorat, Université de York, Dissertations Abstracts International 38, 7-B : 3372­3373, 1978.

Graphique réalisé par “MT Toulouse”

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