Développez le CEO qui est en vous !

Le cortex préfrontal est le CEO qui est en chacun de nous

Le cortex préfrontal est le CEO qui est en chacun de nous

CEO. En clair: Chief Executive Officer. Tiré de la culture anglo-saxonne, le terme se banalise aussi dans les entreprises françaises. Le CEO désigne le manager qui dirige l’entreprise au quotidien. Le sens de ce terme est si clair que la neurophysiologie l’a également adopté. Le CEO est le terme consacré pour désigner le cortex préfrontal du cerveau humain, partie qui se trouve derrière le front et qui gouverne des fonctions clé telles que la créativité, l’intelligence, le raisonnement moral, les croyances, la stabilité émotionnelle, le développement de la personnalité, la confiance en soi, le leadership, les performances académiques, la capacité à décider, etc. Tout manager – et pas seulement le CEO de l’entreprise – comprend immédiatement l’intérêt de développer son cortex préfrontal, le CEO qui est en lui. Un petit détour par la neurophysiologie du cerveau va nous permettre de mieux appréhender le fonctionnement de cet organe de quelques 1500 grammes qui a tout d’un ordinateur cosmique  avec ses 200 milliards de neurones.

Le cerveau humain est longtemps demeuré un continent méconnu et inexploré par la science moderne. Heureusement, les découvertes de ces cinquante dernières années ont permis de mieux connaître le fonctionnement de cet organe qui organise et unifie l’infinie diversité des stimuli qui bombardent nos sens. Ainsi, on peut diviser le cerveau en quatre grandes parties : la zone avant du cortex préfrontal, la zone arrière du cortex pariétal et occipital ainsi que, de chaque côté des hémisphères, un lobe temporal. Chacune de ces zones a des fonctions bien identifiées. Ainsi, la zone occipitale gouverne la vision, la zone pariétale est en relation avec l’espace-temps, la zone temporale gauche gouverne la mémoire et le cortex préfrontal, celui qui nous intéresse au plus haut point, est lié à l’ensemble des fonctions touchant à l’identité et à la personnalité comme la créativité, la confiance en soi, le leadership, les croyances, la capacité à décider, le sens moral, etc. Schématiquement, l’avant du cerveau est en relation avec l’identité et le soi alors que l’arrière est en rapport avec notre représentation du monde extérieur (vision, ouïe, toucher, etc.).

Les quatre parties du cerveau

Les quatre parties du cerveau

Depuis les travaux du neurologue allemand Hans Berger et du britannique Edgar Douglas Adrian, le fonctionnement électrique du cerveau a été illustré grâce à l’électroencéphalographie (EEG). Plusieurs gammes d’ondes ont été mises en évidence par cette technique. En partant des fréquences les plus basses vers les plus hautes, on trouve les ondes delta en dessous de 3,5 Hz, les ondes thêta entre 4 et 8 Hz, les ondes alpha entre 8 et 12 Hz, les ondes bêta de 12 à 30 Hz et enfin les ondes gamma au dessus de 30 Hz. A l’aide de petites électrodes placées sur la tête, l’électroencéphalographe permet d’enregistrer l’activité électrique sur l’ensemble du scalp ou sur une région bien localisée. Ces ondes témoignent d’activités spécifiques dans le reste de la physiologie : les ondes delta sont généralement associées au sommeil profond sans rêves, les ondes thêta correspondent à un état de relaxation profonde avec éveil, les ondes alpha caractérisent un état de relaxation, les ondes bêta sont celles de l’activité normale et enfin les ondes gamma témoignent d’une intense activité, souvent associée à la créativité. Ces EGG varient aussi selon l’âge et la santé. Ainsi, le cerveau d’un enfant émet plus d’ondes delta. Après 15 ans, les ondes alpha prédominent. Si elles diminuent, la maladie d’Alzheimer apparaît. Autre exemple : le syndrome du manque d’attention est lié à un manque d’ondes alpha et un excès d’ondes thêta. Toutes nos expériences façonnent notre cerveau. Censées y remettre de l’ordre, les techniques de méditation ont un effet mesurable sur les EEG. Alors que beaucoup pensent que toutes ces techniques se valent et procurent les mêmes résultats, les tracés EEG montrent qu’il n’en est rien. Chaque technique de méditation développe des aspects spécifiques du cerveau. Toutes ambitionnent de combattre le stress en faisant basculer le fonctionnement du cerveau de l’activité des ondes béta à la relaxation et au repos des ondes alpha, ce qu’elles réalisent plus ou moins facilement et avec plus ou moins d’intensité. Examinons les cas de la méditation de la pleine conscience et de la méditation transcendantale.

Les EEG mesurent l'activité électrique

Les EEG mesurent l’activité électrique

La méditation de la pleine conscience développe les ondes alpha du cerveau. Cette technique nécessite un certain niveau de concentration sur le moment présent. A ce titre, elle n’est pas facile d’accès de l’aveu même de son fondateur Jon Kabat Zinn[1]. Les recherches du Dr Richard Davidson, professeur de psychologie à l’Université du Wisconsin, montrent qu’elle développe des qualités telles que la clarté d’intention, l’altruisme, la bonté, l’empathie et la compassion. Au niveau du cerveau, ses recherches montrent que les EEG enregistrent une augmentation d’amplitude ainsi qu’une certaine synchronisation qui se prolonge au-delà de la pratique. La neurophysiologie du cerveau change aussi. Les recherches du Dr Sara Lazar de l’hôpital général de Boston montrent en effet un épaississement[2] du cortex cérébral dans certaines zones précises. La pleine conscience développe en effet les aires cérébrales impliquées dans la vision, le cortex de l’insula antérieure droite et les sulcus supérieur et moyen du cortex préfrontal droit. A hauteur de la tempe, l’insula droite permet de prendre conscience des sensations du moment présent, notamment de la respiration. Situé juste derrière le front, le sulcus préfrontal droit est impliqué dans la façon dont nous intégrons nos émotions et nos pensées au quotidien. Les recherches du Dr Sara Lazar montrent que l’aire dont le volume augmente le plus avec la pratique de la pleine conscience est l’insula droite. Une autre étude menée par Antoine Lutz, chercheur à l’Université du Wisconsin, sur des cadres stressés d’une grande entreprise montre un rééquilibrage de l’activité électrique du cerveau avec plus d’implication de l’hémisphère gauche. Ses travaux ont montré par ailleurs que la méditation centrée sur la compassion s’accompagnait d’une augmentation des ondes gamma.

La méditation est intégrée à la culture de l'entreprise

La méditation s’intègre à la culture de l’entreprise

Ce qui différencie en premier la méditation transcendantale, c’est son extrême  simplicité. Elle n’exige aucune concentration. Elle se base sur les tendances naturelles de l’esprit. « Sa pratique montre un accroissement immédiat de l’amplitude des ondes alpha autour de 8 Hz dans l’hémisphère droit comme dans l’hémisphère gauche » explique le Dr Alarik Arenander, directeur du Brain Research Institute. Et d’ajouter que « la cohérence entre les ondes alpha entre les deux hémisphères voisine rapidement la zone des 100% ». Cette puissante cohérence des ondes alpha traduit un fort développement de tout le cortex préfrontal. On note aussi un accroissement de la cohérence entre les ondes alpha du cortex préfrontal et de la zone du cortex pariétal. La cohérence moyenne chez des personnes ne pratiquant aucune technique de méditation se situe entre 25 et 30 % alors qu’elle se situe entre 60 et 70 % pour des personnes qui pratiquent la méditation transcendantale. A l’heure où la dégénérescence du cerveau est la seule option dans nos sociétés, le Dr Alarik Arenander affirme que c’est une chance d’avoir une telle technique à sa disposition.

Le Dr. Alarik Arenander

Le Dr. Alarik Arenander

Le point clé de toutes les recherches effectuées sur la méditation transcendantale est sans aucun doute le développement global et intégré du cortex préfrontal et donc de la créativité, de l’intelligence, du raisonnement moral, des croyances, de la stabilité émotionnelle, du développement de la personnalité, de la confiance en soi, du leadership, des performances académiques, de la capacité à décider, etc. Cinquante années de recherches sur cette technique  confirment en effet le développement du CEO de chaque décideur[3]. Parmi les plus récentes, citons l’étude publiée dans Creativity Research Journal par le Dr Fred Travis, directeur du Centre de recherche sur le cerveau, la conscience et la cognition à l’Université Maharishi du Management à Fairfield (Iowa, Etats Unis) et le Dr Yvonne Lagrosen, professeur agrégée en qualité du management, Département des sciences de l’ingénierie à l’Université de l’Ouest à Trollhättan (Suède), qui révèle qu’une plus grande créativité va de pair avec un « cerveau plus intégré ».

Effets de la cohérence des EEG sur le cortex préfrontal

Effets de la cohérence des EEG sur le cortex préfrontal

Le concept de « cerveau intégré » repose sur la capacité des différentes parties du cerveau à communiquer entre elles et à fonctionner de façon cohérente, comme c’est le cas dans le cerveau de top managers. « Ces personnes se détachent de la masse » constate le Dr Fred Travis. Dans le cadre de cette étude, une vingtaine d’ingénieurs suédois reconnus pour leur niveau élevé de créativité ont été évalués au moyen du Test de Torrance sur la pensée créatrice[4]. Leur rapidité de traitement de l’information et de prise de décision ainsi que leur sens de la cohérence ont été également étudiés. L’analyse a montré une forte correspondance entre une plus grande flexibilité et originalité dans les tests de créativité verbale et figurative, et des niveaux plus élevés « d’intégration du cerveau ». « Nos résultats mettent en évidence que la créativité, ici en termes de flexibilité et d’originalité, est corrélée au fonctionnement de tout le cerveau et au développement psychologique » explique le Dr Yvonne Lagrosen. La créativité jouant un rôle important dans la réussite, l’optimisation du fonctionnement du cerveau devrait être une priorité de tous les managers, au même titre que le développement du leadership. Rappelons à ce sujet qu’une étude de huit mois sur 24 sujets a montré que la pratique de la méditation transcendantale développait le leadership, mesuré par les tests du Leadership Practices Inventory (voir aussi à ce sujet http://management-vedique.com/empruntez-la-voie-royale-pour-developper-votre-leadership/).

 

Qu’en est-il sur le terrain ? « Méditation au travail: les décideurs en pleine conscience » titrait le magazine de l’Entreprise de l’Express du 21 juillet dernier. Objectif de la démarche : une gestion plus « humaine » à une époque où plus d’un cadre sur cinq se dit au bord du ‘burn-out’. Le magazine estime que la pleine conscience fait son chemin dans le monde des entreprises françaises, petites ou grandes. Cette technique «  gratuite et laïque » a réussi à créer le buzz au plan médiatique. La pratique de la méditation de la pleine conscience développe la compassion, apportant une certaine sagesse dans l’entreprise. Elle reconnecte avec le présent, mais au prix d’une pratique difficile de l’aveu même de son promoteur.  Plusieurs écoles de management l’adoptent pourtant les yeux fermés, sans faire une évaluation sérieuse de ce qui existe. A l’Ecole de management de Grenoble, une vingtaine d’élèves et huit entreprises partenaires suivent les cours de la dénommée « chaire Mindfulness », où l’on parle business et bienveillance, bonheur et productivité. Principales raisons de cette adoption : sa gratuité et sa laïcité affichée. « Créatifs, confiants, heureux, les « mindful managers » feraient donc leurs preuves » ajoute le magazine.

L'amplitude accrue des ondes alpha avec la méditation transcendantale

L’amplitude accrue des ondes alpha avec la méditation transcendantale

Pour sa part, le Financial Times publiait dans son édition du 28 juillet dernier un article intitulé « Méditez pour accroître votre avantage compétitif » (« Meditate To Sharpen Your Assertive Edge »). L’auteur de science fiction Charles Wallace y évoque son expérience du stress, de la méditation et de la technique de méditation transcendantale. Selon lui, trop de managers aux États-Unis et au Royaume-Uni recourent à des tranquillisants pour faire face à l’anxiété chronique, d’où une consommation en augmentation de 12,5 % de benzodiazépines comme le Xanax ou le Valium. Charles Wallace raconte qu’il a essayé plusieurs formes de méditation, y compris la pleine conscience. Cette dernière consiste à concentrer son attention sur la respiration à certains moments de la journée. « Mais la plus apaisante que j’ai trouvée est la méditation transcendantale » poursuit l’auteur dans les colonnes du Financial Times. Il souligne que la méditation transcendantale, popularisée dans les années 1960 par les Beatles, n’est ni une religion, ni une philosophie, mais une technique de relaxation. « Pour les sceptiques, un nombre considérable d’études scientifiques montrent qu’elle aide à réduire les crises cardiaques, la pression artérielle et le stress ».  Que dire aux managers qui craignent que la méditation ne leur fasse perdre l’agressivité qui les pousse à vaincre leurs concurrents se demande l’auteur ? Richard Friedman, professeur de psychiatrie clinique au Weill Cornell Medical College de New York estime peu probable que la méditation transforme une personnalité de type A en personnalité de type B. Il cite en exemple Michael Desmarais, DRH mondial chez Goldman Sachs à New York. Ce dernier s’inquiétait de perdre sa combattivité avant de commencer la méditation transcendantale. Son constat : « La méditation améliore la concentration. »… à condition de programmer le temps de la méditation[5] comme n’importe quel autre rendez-vous de votre agenda. Quant au coût de l’apprentissage[6], il rappelle que, comme avec le golf ou le tennis, l’apprentissage donné par un enseignant qualifié vaut toujours mieux que d’apprendre au moyen d’un livre. A méditer !

 

Jo Cohen

 

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[1]                               Cette technique a été reprise du bouddhisme et laïcisée par Jon Kabat-Zinn au milieu des années 70.

[2]                               Il est de l’ordre de 5 %.

[3]                               Plusieurs de ces recherches ont été évoquées dans les colonnes de ce blog.

[4]                               Ce test passe pour un standard dans le domaine de la créativité.

[5]                               La méditation transcendantale se pratique deux fois 20 minutes par jour.

[6]                               Aux Etats Unis, apprendre la méditation transcendantale coûte aux alentours de 1000 $.

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