Eviter les pièges des nouvelles technologies de l’information

Les nouvelles technologies qui ont envahi notre quotidien sont une formidable source de productivité, nul ne peut le nier. L’ordinateur personnel que vous utilisez au travail peut servir à consulter votre compte bancaire, à commander un livre ou à réserver une chambre d’hôtel, alors que celui dont vous disposez à la maison, souvent bien mieux équipé, peut servir à terminer un dossier urgent ou à préparer pendant le week-end la présentation que vous êtes censé faire devant votre comité de direction. Pourtant, contrairement à bien des idées reçues et aux discours markéting, ces technologies ne sont pas neutres. Dans certaines conditions, elles peuvent nuire profondément à l’individu, menacer sa santé, sa productivité, et même sa vie. Les cas de « burn out » qui se multiplient dans les entreprises en sont une illustration. Mais n’attendons pas d’en arriver là !

Au plan technique, la messagerie électronique est un outil qui fonctionne en mode asynchrone. Votre interlocuteur répondra plus tard au message que vous lui envoyez à cet instant précis. Cela peut aller de quelques minutes…à plusieurs jours, semaines, voire plus. Ce laps de temps est néfaste pour votre cerveau, car il en mobilise certaines zones qui ne se désactiveront que lorsque vous aurez reçu la réponse tant attendue. C’est un peu comme l’histoire de l’homme qui se met au lit et qui entend son voisin du dessus faire du bruit en posant sa chaussure par terre. Il ne pourra pas s’endormir tant qu’il n’aura pas entendu le bruit de la seconde chaussure.

A cette mobilisation mentale, s’ajoutent les effets pervers de la messagerie électronique qui permet de multiplier les copies à loisir. Un manager peut recevoir des centaines de copies de comptes-rendus de réunions qu’il est censé lire, mais dont objectivement il n’a pas le temps. Ces effets s’ajoutant, la messagerie, bien que source de productivité, finit par accroitre la surcharge mentale du manager. Elle favorise aussi les interruptions inopinées. Tiens, voilà enfin la réponse de mon directeur commercial ! Ces interruptions intempestives nourrissent le stress et dégradent la concentration. « Last but not least », la productivité de l’ordinateur personnel favorise le travail « multitâches ». Le manager qui réussit veut assumer plus de responsabilités, ce qui l’amène à suivre de plus en plus de dossiers. Résultat : la surcharge mentale s’accroit d’autant.

Dans le quotidien de l’entreprise, l’esprit du manager reste ainsi préoccupé par des milliers de petites sollicitations en attente de résolution. Bien sûr, tout manager peut toujours demander à ne pas recevoir de copies et faire le point oralement avec un collaborateur de temps à autre sur les avancées de telle ou telle réunion de travail. Quoiqu’il en soit, avec le succès et la prise de responsabilités, arrive toujours le moment où le mental finit par s’emballer. Le contexte économique dans lequel évolue l’entreprise ne fait qu’aggraver une situation qui n’en a nul besoin.

Les exigences de productivité dans un contexte de concurrence internationale acharnée, voire débridée, finissent par empoisonner le mental du manager et alimenter la fatigue nerveuse qui conduit à l’épuisement nerveux. Ce mal, qui vise surtout les cadres, se répand aujourd’hui comme une véritable épidémie. Il a donné lieu à de nombreux ouvrages instructifs sur le sujet. « Burn out, quand le travail rend malade » du Dr François Baumann, aux Editions Josette Lyon fait figure de référence en la matière : «…la personne ainsi  »consumée » ne voit pas clairement les conséquences de son état : elle n’est pas encore consciente d’être entrée dans une pathologie. Elle va poursuivre son travail à un rythme effréné et même accéléré par rapport à ses habitudes… mais avec une absence d’efficacité, une redondance dans l’effort qui entretiendra cette démotivation générale en rapport avec la faiblesse des résultats obtenus.»

Dans cette course à la productivité, comment les entreprises françaises procèdent-elles ? En mettant la pression sur leurs cadres, elles les poussent à l’épuisement et lorsqu’ils deviennent visiblement moins productifs, elles les mettent sur une voie de garage ou s’en séparent pour les remplacer par des cadres plus jeunes, plus dynamiques, moins chers payés et moins usés sur le plan nerveux ! La France détient, rappelons-le, le triste record du plus faible taux d’emploi des plus de 50 ans en Europe.

L’Ayurvéda nous enseigne que la suractivité mentale déséquilibre le dosha Vata. La fatigue, la nervosité et l’anxiété s’installent, la concentration et l’efficacité diminuent, et, dans la foulée, la productivité chute. Ce processus met un certain temps à s’installer et à conduire à de telles contre-performances, c’est pourquoi il faut être vigilant et traquer le moindre signe qui finira – et ce n’est qu’une question de temps- par vous mener au « burn out ». Examinez pour cela la qualité des emails que vous envoyez en fin d’après midi ainsi que l’état physique et mental dans lequel vous vous trouvez à ce moment là. Trop de fautes d’orthographes dans vos messages, des propos négatifs, des termes trahissant de l’impatience, voire carrément de l’agressivité…faites une pause. Vous ressentez de la fatigue ? De la pression mentale ? Votre respiration est plus courte que d’habitude ? Autant de signes à prendre au sérieux afin de rééquilibrer votre Vata, et votre Pitta si vous notez de l’impatience et de l’irritabilité.

Le déséquilibre Vata est intimement lié à la perception du temps. Vata est le principe qui gouverne le mouvement dans la physiologie, y compris au niveau mental : lorsque Vata est équilibré, le temps biologique perçu s’écoule lentement, la personne ressent un certain calme. Lorsque le Vata devient déséquilibré, le mouvement du mental s’accélère. Le temps biologique suit la même courbe. Ce constat nous rappelle que le temps qui passe n’est pas un temps linéaire et indifférencié, mais un temps avec des qualités spécifiques à chaque moment. Croire à la linéarité du temps, c’est croire que la rivière qui s’écoule est la même à deux instants différents…or, les atomes d’eau qui étaient à tel endroit à un instant T n’y sont plus l’instant d’après.

Le contexte professionnel évolue-t-il en faveur de l’équilibre du dosha Vata ? Hélas non. L’arrivée des smartphones et des tablettes numériques fait craindre le contraire. Sous le vocable du BYOD*, l’entreprise poursuit sa quête effrénée de productivité en profitant du smartphone de son personnel et en empiétant encore plus loin dans la vie privée de l’employé avec son consentement. Répondre à un email qui arrive à 1H du matin ou surveiller sa messagerie toute la soirée deviennent des comportements valorisés par l’entreprise qui n’y trouve que des avantages, à condition d’établir des règles de sécurité à faire respecter par le personnel. Le déséquilibre Vata est appelé à s’aggraver dans des proportions plus inquiétantes à mesure que ces écrans occupent une place plus prépondérante dans notre vie, reléguant au rang de ringards ceux qui en sont encore à l’ère du mobile de base. Cette évolution sociale majeure va accentuer la demande pour des outils de gestion du temps…alors que l’on sait de longue date que les principes traditionnels de la gestion du temps restent d’une efficacité limitée car ils ne traitent que les aspects organisationnels et balaient d’un revers de main la perception du temps en fonction de notre état physiologique.

Ne vous laissez pas piéger par cette évolution qui ne promet pas que des gains de productivité. Les « burn out » risquent de se multiplier. Que faire ? Surveillez votre équilibre Vata. Au delà des consignes courantes comme faire des pauses, gérer les priorités ou concentrer les tâches de même nature, n’oubliez pas que l’Ayurvéda donne quelques conseils simples pour corriger le déséquilibre de Vata qui guette toute la société dans cette folie productiviste. Voilà un rappel de quelques recommandations efficaces (**) : automassage chaud à l’huile de sésame chaque jour, yoga et méditation matin et soir, mangez chaud à heures régulières des nourritures onctueuses en diminuant les goûts amers, piquants ou astringents, coupez les outils de communication après 18H, passez une soirée calme avec lecture ou musique douce, couchez-vous tôt. C’est ainsi que votre productivité sera maintenue dans le temps. Agissez en lenteur et avec conscience. Faites au mieux selon le contexte de votre entreprise pour adopter ces recommandations. Ne pensez pas que c’est impossible. Méditez régulièrement et pensez que votre situation finira par changer dans la bonne direction. Il y va de votre santé et de la santé de toute la société.

Jo Cohen

(*) Bring your own device est un concept inspiré de la pratique courante dans la culture américaine connue sous le nom bring your own drinks. Ce sont des réunions festives où chacun amène sa boisson. Dans l’entreprise, le BYOD permet à chaque employé d’utiliser son smartphone personnel à des fins professionnelles.

(**) Pour plus de détails, consulter mon blog www.la-voie-de-l-ayurveda.com.

Crédits photos : Photo de Une : ian boyd 

Photo intérieure : miniyo73

2 réflexions au sujet de « Eviter les pièges des nouvelles technologies de l’information »

  1. nicolas

    très intéressant cet article sur la suractivité mentale liée à l’emploi des nouvelles technologies…
    n’oublions pas toutefois que ces technologies ne sont que des outils à notre service, ce qui sous-entend que c’est à nous d’apprendre à trouver la façon de les utiliser qui convient le mieux à notre santé et à notre bien-être…
    je pense que cela devrait être enseigné dans les lycées et dans l’enseignement supérieur.
    la suractivité mentale engendrée par leur utilisation « excessive renvoie aussi au fait que les « victimes » n’ont pas conscience qu’il leur est possible d’agir différemment, même si cela leur demandera de prendre du recul puis d’appliquer une certaine volonté et discipline pour mettre en place une nouvelle utilisation!

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    1. Jo Cohen Auteur de l’article

      Bonjour Nicolas, on devrait en effet enseigner les bonnes pratiques de ces nouvelles technologies à l’école et surtout à l’université. Le fonctionnement du mental qui a tendance à s’emballer dans certaines conditions devrait être aussi expliqué et enseigné. je vois des gens autour de moi qui consultent leur smartphone au resto, avant d’aller au lit, etc. Je pense qu’il y a, comme avec la cigarette, un phénomène d’accoutumance à ce « speed mental » qui peut mener tout droit à la maladie. Merci de votre remarque
      Jo Cohen

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