Finissez l’année par un profond moment de silence !

 

L'importance du silence avant l'action est effective

L’importance du silence avant l’action est effective

Lorsqu’il a passé l’année totalement accaparé par l’action, le manager ressent plus ou moins confusément un profond besoin de silence. Alors que les budgets et les plans pour 2014 sont ébauchés, cette période de fin d’année est propice pour goûter à ce silence avant que ne reprenne le rythme effréné l’activité, difficile à arrêter comme un train lancé à grande vitesse. Ce moment sera plus ou moins long selon le ressenti de chacun. Une journée pourra suffire à l’un quand deux ou trois seront nécessaires à l’autre. Cette pratique du silence est vieille comme le monde. Elle continue d’être pratiquée dans la plupart des monastères, mais aussi tous les lieux de retraite spirituelle qui font du silence le cœur de leur programme. Plus qu’une simple curiosité, à Bali, le passage du nouvel an est marqué par une journée de silence et de jeûne pratiquée par toute la population de l’île. Cette journée à nulle autre pareille, baptisée Nyepi, est « propice à la méditation, à l’introspection et aux questionnements de l’âme » affirment les prêtres de cette île paradisiaque. Comme dans tout lieu de silence, à Bali, la population ne travaille pas et ne s’amuse pas le jour de Nyepi. Entreprises, administrations et commerces sont fermés. Pas de radio, pas de TV, pas de lecture non plus.

Que l’on pratique une journée de silence par semaine comme le font certains ou que l’on se focalise sur la fin de l’année pour goûter au silence, le préalable est de bien comprendre ce qui se passe dans la physiologie et dans le mental pendant cette pratique. Pendant une journée normale, la plupart d’entre nous ne sont pas vraiment conscients du niveau d’excitation que représente le fait de parler. Les sages savent que c’est au travers de la parole que nous perdons le plus de notre force vitale. Quand nous faisons silence, nous perdons peu d’énergie à l’instar des vagues d’un réservoir qui vont et viennent mais n’entrainent aucune perte d’eau. « S’astreindre de toute parole pendant quelques jours offre à la conscience une opportunité de se maintenir à un niveau très proche de son état de moindre excitation » explique Patrick Monfret, traducteur professionnel et fervent adepte de cette technique. « On devient beaucoup plus conscient de notre corps qui commence à expérimenter beaucoup de bonheur et de félicité. On se sent avec soi-même, complètement nourri et invincible. Et, on a le sentiment réel de nourrir tout notre environnement. Il devient clair qu’on est précieux pour notre environnement. »

Silence et retraite vont de pair

Silence et retraite vont de pair

Les effets s’étendent du plus grossier au plus subtil. L’expérience de Patrick Monfret nous éclaire sur l’étendu de ce registre : « Après cette période de silence, la vie quotidienne est davantage remplie de silence. Et, on devient très conscient que le silence est la base, le socle du dynamisme infini de notre vie quotidienne. Les activités deviennent des vagues sur cet océan de silence que nous vivons. Et ces vagues ne nous perturbent point et, en fait, elles sont infiniment appréciées pour ce qu’elles sont. Elles vont et viennent, mais nous, nous demeurons ancrés dans le silence nourrissant de notre Être, de notre Soi illimité. » Ce silence est comme une onde macroscopique qui relie toutes nos cellules et ainsi donne l’expérience d’unité totale, de douceur infinie. Cette onde macroscopique se retrouve également au niveau de notre esprit qui alors nous relie à tout ce qui nous entoure. C’est l’union avec tout notre univers et nous vivons un état de bonheur infini avec un seul objectif, réussir dans ce que nous faisons et faire du bien à tout ce qui existe.

Que faire pendant une journée de silence ? On peut vaquer à des corvées ordinaires, mais il faut s’éloigner de toute source de bruit, et donc s’abstenir de regarder la télévision ou d’écouter la radio. Vous constaterez immédiatement que vous devenez très présent à ces tâches ordinaires. L’attention n’est plus perturbée en permanence comme lors d’une journée ordinaire. Au début, vous ressentirez peut-être le besoin intense de dire quelque chose. Rassurez-vous, l’esprit finit par se calmer. Le silence devient alors plus profond. L’esprit devient plus clair passé cette période d’adaptation pendant laquelle ceux qui se saoulent au bruit et à l’activité risquent de ressentir la peur du vide. La conscience des erreurs devient plus claire. La créativité devient plus intense. L’esprit s’arrête de juger, ce qui représente une plus grande liberté. On le voit, la technique est simple, mais extrêmement puissante du point de vue de ses effets. Pratiquer le silence signifie consacrer un certain temps à ne faire qu’Être et d’échapper ainsi à la tyrannie du discours.

La technique du silence a de puissants effets

La technique du silence a de puissants effets

Le non-jugement libère le mental de la constante évaluation des choses en  justes ou fausses, bonnes ou mauvaises… Lorsque vous êtes perpétuellement occupé à évaluer, classer, étiqueter ou analyser, cela crée des turbulences dans votre dialogue intérieur. Le flot d’énergie ne peut plus circuler librement. Seul  le silence du mental et le calme intérieur qui l’accompagne vous relie à votre Etre profond. Ce mécanisme est crucial pour la créativité. L’écrivain et réalisateur Jean-Philippe Toussaint l’exprime en ces termes dans « L’urgence et la patience » : « … finalement, dans la perspective même d’écrire, ne pas écrire est au moins aussi important qu’écrire ». Les musiciens ont aussi une conscience aigüe de l’importance du silence dans leur travail de création. Pour le célèbre jazzman Miles Davis, la véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer le silence. Autre jazzman de stature internationale, Thelonius Monk avait l’habitude de dire « The loudest noise in the world is silence[1] ».

Daniel Goyone s'est fait une spécialité de l'écriture musicale

Daniel Goyone s’est fait une spécialité de l’écriture musicale

Le compositeur français Daniel Goyone s’est fait une spécialité de l’écriture musicale : « Composer est une activité qui ne se fait pas toujours de façon consciente. C’est plutôt une alternance entre des phases actives, au cours desquelles on cherche activement des idées, des solutions à des problèmes particuliers, où on met en forme, et des périodes de gestation, de maturation pendant lesquelles s’effectue un travail d’ajustement inconscient qui s’avère souvent nécessaire. Savoir gérer et équilibrer l’alternance entre recherche active et périodes de maturation s’apprend au fur et à mesure de la pratique. » La conclusion dans son « Abécédaire de la composition », paru aux Editions Outre-Mesure, est parfaitement explicite : « Après le point final, le compositeur doit aussi apprendre à considérer le silence comme une respiration naturelle après l’exaltation de la création. Faire aboutir une composition est une activité exigeante qui demande un engagement soutenu ainsi que beaucoup de disponibilité d’esprit. S’il est important pour le compositeur de conserver intacte son aspiration à créer, des périodes de repos sont nécessaires pour préparer le terrain en vue de futures compositions. »  Alors, n’attendez pas pour goûter à cette respiration naturelle ! Cette phase de silence avant l’action est bénéfique à toutes les activités humaines.

 

Jo Cohen

BONNES FÊTES DE FIN D’ANNÉE

BONNES FÊTES DE FIN D’ANNÉE

 

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 Crédit Photo

Photo de Une FreedomHouseDC; Seconde photo  Loic Pinseel;

 

 

 



[1] Le bruit le plus assourdissant dans le monde est le silence !

10 réflexions au sujet de « Finissez l’année par un profond moment de silence ! »

  1. Hubert Posho

    Bonjour Jo, et Bonne année 2014

    Comment manager le silence avec la pratique de la méditation ?
    L’écoute de la musique védique ou de textes védiques est-elle recommandée pendant le temps de silence ?

    Répondre
    1. Jo Cohen Auteur de l’article

      Bonjour Hubert,

      C’est une très bonne question. Le but étant de favoriser le silence et le retour sur soi, des activités telles que la méditation, le yoga ou le pranayama conviendront parfaitement. Il vaudra mieux en revanche éviter toute forme d’écoute de sons « extérieurs » à soi. L’expérience du silence s’approfondira alors et l’esprit approchera de son état de moindre excitation. On peut parfaitement préparer son repas en silence et manger un repas léger toujours dans le silence.

      Cette expérience unique d’apaisement mental favorise généralement l’émergence d’idées nouvelles ou des prises de conscience qui apporteront des réponses à des problèmes insolubles dans le brouhaha du quotidien.

      Une très bonne fin d’année.

      Jo

      Répondre
  2. Ludovic

    Excellent article, merci pour cette pépite. J’envisage de passez des journées silencieuse car elles sont bénéfiques pour l’esprit et ton article m’apporte la motivation nécessaire pour tenter l’expérience.
    Le silence à également d’autre vertu, Gandhi passait chaque lundi en silence car il considérait que cette exercice lui apporté la paix antérieure.
    Bien à toi.

    Répondre
    1. Jo Cohen Auteur de l’article

      Bonjour Ludovic,

      Merci de ton commentaire. Bon courage pour cette cure de silence. Tiens moi informé de tes expériences, je suis toujours preneur. A bientôt. Jo

      Répondre
      1. Ludovic

        J‘ai quelque question qui traine dans l‘esprit.

        Pendant une journée silencieuse, la lecture des textes sacré est-elle autorisé ? (Le lecture ne provoque aucun son extérieur).
        Au niveau de la parole, le bavardage intérieur doit-il aussi être éviter ? Par exemple si je pense “il faut que récite des mantras“ sans bouger les lèvres, tout reste à l‘intérieur, cela est-il considéré comme parler ?
        je te remercie d‘avance pour le temps consacré à mes questions. Bien à toi.

        Répondre
  3. Ludovic

    J’ai essayé l’expérience. Je effectué la journée silence le même jour que la journée liquide. Associés les deux c’est fantastique. D’habitude avec la journée liquide je suis fatigué en fin de la journée, et grâce à la journée silence la fatigue était moindre.
    De plus, je n’ai eu aucune émotion perturbatrice pendant cette journée, j’ai même ressentit du contentement pendant un petit moment.
    A partir de maintenant, le dimanche c’est journée liquide associé au silence.

    Merci pour cette article inspirant.
    Bien à toi.

    Répondre
  4. Anne-Marie

    Bonjour, et merci pour cet article, on retrouve cet aspect du contrôle de la langue, associé au jeûne, dans l’islam, selon les dires du Prophète Mohammed, et dans les autres religions monothéistes aussi, des journées de silence,
    A mon niveau, rester silencieuse toute une journée, me paraît difficile dans un environnement qui ne le pratique pas, en tous cas le fait de moins parler, de réfléchir à ce que l’on va dire, si c’est utile ou non, … c’est sûrement très bénéfique, pour soi-même et son environnement.

    Répondre
    1. Jo Cohen Auteur de l’article

      Bonjour Anne-Marie

      Bien des religions conseillent le silence afin de favoriser l’intériorisation dans une optique spirituelle. On peut le pratiquer en même temps qu’un jeûne ou une retraite méditative. Le cadre de la vie quotidienne, comme tu le soulignes, s’y prête assez peu. A moins de prendre des dispositions pour s’éloigner un peu.

      Jo

      Répondre
      1. Anne-Marie

        Bonjour,
        Oui, c’est vrai, en tous cas sans s’arrêter toute une journée, au moins réduire ses paroles, et surtout à mon sens bien les penser avant de les dire. On peut retrouver des moments de silence, propices à l’intériorisation, la nuit, peu avant l’aube par exemple.
        Merci.

        Répondre

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