Gérer son temps, oui…mais le temps n’est pas ce que vous croyez !

 

Extrait d'une toile de Dali

Extrait d’une toile de Dali

Dans le quotidien de tout manager, gérer son temps améliore la productivité. Les formations sur le sujet ne désemplissent pas. Pourtant, tôt ou tard, les principes fondateurs de ces outils mènent à une impasse. Principale raison : la gestion du temps repose sur l’hypothèse implicite d’un temps linéaire. Or, y croire, c’est croire que la rivière qui s’écoule est la même à deux instants différends…or, les atomes d’eau qui étaient à tel endroit à un instant donné n’y sont plus l’instant d’après. Entreprendre une activité à un moment ou à un autre donnera forcément des résultats différents. Le temps dans la tradition védique, comme dans toutes les traditions de l’antiquité, n’est pas un temps linéaire, mais un temps cyclique.

La loi de l’Ecclésiaste de la Bible hébraïque professe qu’ »il existe un temps pour chaque chose sous les cieux… » : un temps pour s’organiser, un temps pour exécuter une tâche, un temps pour le loisir,… Cette loi nous fait accepter de perdre du temps pour en gagner. Plusieurs questions se posent. Qu’est-ce que le temps ? À quel type de réalité appartient-il ? La science moderne y apporte quelques éléments de réponse.

 

La relativité d'Enstein

La relativité d’Enstein

Aristote comme Newton[1] pensaient que l’on pouvait mesurer sans ambiguïté l’intervalle de temps entre deux événements. La notion de temps était séparée de celle de l’espace. « Pourtant nous avons été amenés à modifier nos idées sur l’espace et le temps » explique le physicien britannique Stephen Hawking dans sa « Brève histoire du temps »[2]. Pour des objets se déplaçant à une vitesse proche de celle de la lumière, espace et temps sont indissociables. La théorie de la relativité d’Einstein a été la première à mettre un terme au temps absolu pour le remplacer par le concept d’« espace-temps ».

Stephen Hawking raconte que la notion de temps devint « un concept plus personnel, relatif à l’observateur qui le mesurait ». Les lois de la physique ne faisant pas de distinction entre passé et futur, les physiciens furent amenés à se poser des questions telle que « pourquoi nous souvenons-nous du passé et non pas du futur » ? La physique moderne a fini par introduire le concept de « flèche du temps », donnant ainsi une direction au temps. En réalité, trois flèches ont été définies : la « flèche thermodynamique » allant de pair avec l’accroissement de l’entropie dans les systèmes physiques, la « flèche psychologique » dans laquelle nous sentons le temps passer et nous souvenons du passé et enfin la « flèche cosmologique », direction du temps dans laquelle l’univers se dilate de manière constante.

La linéarité du temps est illusoire

La linéarité du temps est illusoire

Le temps psychologique est de loin celui qui nous est le plus familier. La science en a identifié le « siège » dans le noyau suprachiasmatique, zone du cerveau située au niveau de l’hypothalamus qui reçoit des signaux en provenance de la rétine[3]. Ce noyau se comporte comme une horloge biologique[4] qui interprète l’alternance entre la lumière et l’obscurité. Il synchronise un grand nombre de fonctions et comportements avec le cycle du jour et de la nuit. Il impose ses rythmes à toute notre physiologie : de l’activité motrice à l’activité des récepteurs de nombreux neuromédiateurs et neuromodulateurs en passant par la faim, la soif ou les sécrétions hormonales.

Bien que nos montres continuent de suggérer un temps qui s’écoule de manière linéaire, le temps psychologique a toujours revêtu au niveau de notre expérience un caractère relatif. Lamartine rapporte dans son poème Le Lac une expérience de modification de perception du temps : « O temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices, suspendez votre cours !». Cette expérience est courante chez ceux qui méditent. Il arrive que durant la pratique,  le temps soit suspendu, l’espace s’évanouisse et le mental se mette à l’arrêt. Le retour « à la normale » s’accompagne d’une remise en mouvement de l’esprit et d’une reprise de conscience de l’espace.

L'espace est composé à 74 % de matière noire

L’espace est composé à 74 % de matière noire

La conception védique de l’espace et du temps, proche de celle de la mécanique quantique, accorde une importance particulière aux directions (voir à ce sujet http://management-vedique.com/tournez-vos-bureaux-a-lest/). Pour le Véda, l’est est associé aux déités, l’ouest aux démons, le nord au monde des vivants et le sud a celui des morts. Il considère que se tourner vers une direction, c’est se tourner vers la déité qui la régente. Etrange ? Pas tant que ça ! La science moderne a montré que les neurones du thalamus déclenchent leur potentiel d’action différemment selon la direction dans laquelle nous regardons[5]. Le fonctionnement de tout notre cerveau et de notre physiologie sont affectés par le simple fait de faire face à l’est, au nord, au sud ou à l’ouest.

Le Véda affirme en outre l’absence de début du temps. Il considère que l’univers dans son ensemble se manifeste et disparaît à chaque instant. La continuité de son apparence est simplement due à la rapidité de la succession de ses manifestations ainsi que le rappelle le professeur de sanscrit Michel Angot, spécialiste du Véda. C’est pourquoi le Véda parle d’un temps cyclique, dynamique, rythmé et secoué périodiquement par des crises. Dans la Bhagavad Gita, sorte de « Livre de poche » du Véda, le Seigneur Krishna répond par la célèbre formule « Je suis le Temps, destructeur des mondes, venu engager tous les hommes ».

Le Seigneur Krishna de la Bhagavad Gîtâ

Le Seigneur Krishna de la Bhagavad Gîtâ

Autre fait saisissant, l’astrophysique et le Véda[6] décrivent la création de l’univers en des termes similaires. La théorie du big-bang d’Edwin  Hubble et la toute récente découverte de la matière noire et de l’énergie noire concernant la composition de l’univers retracent la genèse de notre monde en des termes voisins du Véda. Le parallèle entre le big-bang et la naissance de l’univers à partir de l’œuf cosmique du Véda est saisissante. Les échelles de temps qui mesurent l’âge de notre monde sont du même ordre de grandeur (milliards d’années). La thèse des frères Bogdanov montre aussi de nombreuses similitudes avec la vision védique. Retenons surtout l’idée qu’avant la naissance de l’univers, seule la connaissance de la totalité de l’univers et de ses lois existait. Cette thèse s’appuie sur le principe d’un temps qui deviendrait un nombre complexe entre l’échelle de Planck et le point du zéro absolu où il deviendrait carrément un nombre imaginaire pur. Ceci engendrerait un invariant topologique. À ce point zéro, la création démarrerait selon eux par un mécanisme d’automorphisme.

Ce survol du temps selon le Véda et la science moderne montre que le temps qui passe n’est pas un temps linéaire et indifférencié, mais un temps avec des qualités spécifiques. Avec une organisation du temps basée sur les cycles de la nature (voir a ce sujet http://management-vedique.com/travailler-en-accord-avec-les-cycles-de-la-nature/), l’efficacité progresse. L’activité devient plus fluide, exige moins d’efforts et donne beaucoup plus de résultats positifs. Le manager ressent qu’il maîtrise mieux son temps. Le Véda enseigne d’autres techniques qui seront abordées ultérieurement.

 

Jo Cohen



[1] Propos de Newton au sujet du temps : « Le temps absolu, vrai et mathématique, en lui-même et de sa propre nature, coule uniformément sans relation à rien d’extérieur. »

[2] Une brève histoire du temps, du Big-bang aux trous noirs, Stephen Hawking, Flammarion, 1989

[3] 20% des cellules ganglionnaires de la rétine projettent sur le noyau suprachiasmatique.

[4] Cette horloge est contrôlée par les noyaux du raphé sérotoninergique ainsi que par la mélatonine sécrétée par la glande pinéale.

[5] Source : Processing the head direction  cell signal: a review and commentary, Brain Research Bulletin, 40, 477-486, 1996

[6] Nous sommes très loin des tentatives balbutiantes mettant en parallèle la science moderne et les mystiques orientales des années 70 et dont le Dr. Fritjof Capra, chercheur à l’Université de Californie, a été une figure de proue avec son fameux « Tao de la physique ».l’Université de Californie, a été une figure de proue avec son fameux « Tao de la physique ».

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