Les télomères, une (autre) bonne raison pour apprendre à méditer !

Les capuchons rouge sont les télomères des chromosomes

Les capuchons rouge sont les télomères des chromosomes

Peu connu du grand public, les télomères jouent pourtant un rôle fondamental dans les processus vitaux de notre corps, notamment celui du vieillissement! Il est mieux cerné depuis les travaux du biologiste russe Alekseï Olovnikov[1]. Mais, qu’est-ce qu’un télomère, au juste ? Disons que c’est la partie située à l’extrémité d’un chromosome et qui fonctionne un peu comme un capuchon de protection. Rappelons que le chromosome est le support de l’information génétique transmise par la cellule mère à la cellule fille lors du processus de division cellulaire. Chaque fois qu’une cellule se divise, ces capuchons de protection s’usent et se raccourcissent, au point de finir par déclencher une sénescence de la cellule. Les télomères engendrent alors une perte du code génétique. Résultat ? Les cellules perdent leur capacité à se diviser. Le biologiste russe a comparé le télomère à une sorte d’horloge biologique régissant la durée de vie des cellules. Parmi les hypothèses émises lors de ses travaux, le biologiste russe a anticipé l’existence de la télomérase, enzyme capable d’inverser le processus de vieillissement en synthétisant de nouvelles séquences télomériques.

Il aura fallu attendre les travaux d’Elizabeth Blackburn[2] et Carol Greider en1985 pour que la télomérase soit enfin identifiée. Cette enzyme protège les capuchons chromosomiques de l’usure de la division cellulaire et donc du vieillissement. Les deux biologistes moléculaires ont reçu en 2009 le prix Nobel de médecine pour ces travaux. Depuis, tous les laboratoires de la planète mesurent la longueur des télomères afin de mesurer le degré de vieillissement ainsi que le risque de maladie d’un individu. Lorsque la télomérase diminue, les télomères raccourcissent, favorisant du même coup le vieillissement, la dégénérescence et la maladie. Poursuivant ses premiers travaux hors des sentiers battus, Elizabeth Blackburn a entrepris de savoir s’il y avait d’autres facteurs favorisant le raccourcissement des télomères. Dans une étude conjointe avec Elissa Epel, directrice du département ‘Aging, Metabolism and Emotion Center’ de l’Université de San Francisco – étude qui a eu un certain retentissement soit dit au passage – les deux scientifiques[3] ont cherché à valider l’idée selon laquelle « plus un individu est stressé, plus l’activité de la télomérase diminue ». A cet effet, elles ont divisé 58 femmes en deux groupes, un groupe de femmes extrêmement stressées et un groupe de contrôle. Les résultats ont été au delà de leurs attentes! Les femmes qui avaient de hauts niveaux de stress avaient des télomères plus courts par rapport aux femmes du groupe témoin. La différence de longueur entre les télomères des deux groupes était telle que l’on pouvait conclure sans le moindre doute que « le stress avait prix dix années de la vie de ces femmes » !

Elizabeth Blackburn

Elizabeth Blackburn, Prix Nobel de Médecine 2009

D’autres études sont venues depuis confirmer ce postulat : le stress a bien un impact négatif sur la longueur des télomères. En un mot, il diminue la longueur des télomères et accélère le processus de vieillissement[4]. Elizabeth Blackburn n’a pas voulu en rester là. Elle a cherché aussi à savoir s’il existait un lien entre la longueur des télomères et le risque accru de maladies. La réponse fut bien sûr positive. L’étude des télomères a permis de mieux comprendre le développement de maladies telles que le diabète, l’obésité, la dépression, les maladies cardio-vasculaires ou les maladies dégénératives. Une étude a montré que les hommes âgés dont les télomères avaient rapetissé sur une période de deux années et demi avaient trois fois plus de risques de mourir de problèmes cardio-vasculaires avant neuf ans par rapport aux hommes dont les télomères étaient restés de la même longueur après la même période. Dans une autre étude menée par le Dr Mary Armanios, professeur associé au département d’oncologie à l’Ecole de Médecine de l’hôpital John Hopkins, les télomères de plus de 2000 Amérindiens ont été mesurés. Ceux qui avaient les télomères les plus courts étaient plus de deux fois plus susceptibles de développer un diabète avant cinq ans et demi.

Mary Armanios

Mary Armanios

Poursuivant sa quête sans se soucier des préjugés et du conformisme qui déconseille aux Prix Nobel de traiter certains sujets, Elizabeth Blackburn a cherché à vérifier par elle-même l’impact sur l’activité télomérique des techniques antistress, et notamment les techniques de méditation. Les résultats sont impressionnants ! Dans une première étude pilote destinée à créer un cadre pour de futures investigations, trente volontaires ont été invités à participer à une retraite de méditation de trois mois au Centre Shambhala dans le nord du Colorado. A l’issue de cette retraite, les volontaires ont vu  l’activité de la télomérase augmenter de 30%! Elizabeth Blackburn a pu ainsi vérifier que les personnes qui méditaient avaient les télomères plus longs que ceux du groupe de contrôle. Par ailleurs, d’autres études montraient chez les méditants une amélioration de la capacité cognitive, de l’attention, de la santé globale, moins de pensées négatives, plus de buts positifs dans la vie…et surtout une vie plus longue. Dans une autre étude menée à l’Université de Los Angeles, un groupe de trente-neuf soignants âgés en moyenne de 60 ans ont pratiqué pendant douze minutes par jour une méditation chantée, appelée Kirtan Kriya, pendant huit semaines. Les résultats ont été comparés à ceux d’un groupe de contrôle qui écoutait de la musique relaxante. Le groupe qui pratiquait la méditation a montré une amélioration des symptômes dépressifs, de la santé mentale et des fonctions cognitives par rapport au groupe de contrôle. Le groupe qui méditait a également montré une augmentation de 43% de l’activité de la télomérase par rapport au groupe qui écoutait seulement de la musique relaxante!

Une autre étude a été conduite par Dean Ornish, fondateur du Preventive Medicine Research Institute de Sausalito (Californie) et professeur de médecine clinique à  l’Université de Californie de San Francisco. Plusieurs facteurs environnementaux ont été appliqués sur des hommes ayant un faible de risque de contracter un cancer de la prostate : un mode de vie ayurvédique, des exercices de yoga, un régime végétarien, une technique de méditation et des exercices de respiration. Après cinq années d’une telle routine, et en comparaison avec un groupe de contrôle, la longueur des télomères était significativement plus élevée ainsi que l’activité de la télomérase chez les hommes de ce groupe.

La méditation développe les télomères

La méditation développe les télomères

Lors d’une autre étude, une batterie de tests de santé a été effectuée sur des personnes âgées (81 ans ou plus) pratiquant la méditation de la pleine conscience, la méditation transcendantale ou de simples techniques de relaxation. Les mesures de flexibilité cognitive, de santé mentale, de pression artérielle systolique, de flexibilité comportementale et de vieillissement ont été effectuées. Le groupe pratiquant la méditation transcendantale[5] a obtenu les meilleurs résultats, suivi par le groupe pratiquant la méditation de la pleine conscience[6], loin devant le groupe pratiquant une simple technique de relaxation. Après trois ans de pratique, le taux de survie était de 100% pour le groupe pratiquant la  méditation transcendantale et de 87,5% pour le groupe pratiquant la méditation de la pleine conscience, loin devant le troisième groupe.

Le mode de vie influe sur les télomères

Le mode de vie influe sur les télomères

Ces résultats montrent clairement que le mode de vie influence considérablement les télomères et que la méditation est de loin la pratique la plus efficace en ce qui concerne l’amélioration de la santé physique et mentale. Elizabeth Blackburn affirme que si les hommes et les femmes pouvaient voir l’impact du stress sur leurs télomères, ils seraient plus motivés pour changer leur mode de vie et à adopter une pratique de type yoga incluant la méditation. CQFD !

 

Jo Cohen

 

 

 

 

– Si vous avez aimé cet article, merci de le recommander à vos amis en cliquant sur le logo de votre réseau social préféré (Facebook, Linkedin, Twitter, Google +).

– Vous pouvez aussi recommander l’ensemble du site à vos proches sur la page Management Védique de Facebook afin de les faire bénéficier de cette précieuse connaissance. Je vous en remercie par avance.

– Vous pouvez laisser un commentaire.

– En vous inscrivant sur la liste Management Védique, vous serez averti par email chaque fois qu’un nouvel article sera publié. En outre, vous recevrez en cadeau un livret de 40 pages expliquant l’impact de la méditation dans l’entreprise.

 

 

 

[1]                               Ces travaux remontent au début des années 70.

[2]                               Blackburn EH. Structure and function of telomeres. Nature. 1991 Apr 18;350(6319):569–573.

[3]                               Epel E, Blackburn E, Lin J, et al. Accelerated telomere shortening in response to exposure to life stress. PNAS. 2004;101:17312–17315.

[4]                               Epel E. S., Lin J., Wilhelm F. H., Wolkowitz O. M., Cawthon R., Adler N. E., Dolbier C., Mendes W. B., Blackburn E. H., « Cell aging in relation to stress arousal and cardiovascular disease risk factors », Psychoneuroendocrinology, 2006, 31, 3, p. 277-287.

[5]                               Walton KG, Schneider RH, Nidich S. Review of controlled research on the transcendental meditation program and cardiovascular disease. Risk factors, morbidity, and mortality. Cardiol Rev. 2004 Sep-Oct;12(5):262–266.

[6]                               Grossman P, Niemann L, Schmidt S, Walach H. Mindfulness-based stress reduction and health benefits. A meta-analysis. J Psychosom Res. 2004 Jul;57(1):35–43.

7 réflexions au sujet de « Les télomères, une (autre) bonne raison pour apprendre à méditer ! »

  1. LAURENDEAU

    Bonjour Monsieur COHEN,
    Je vous félicite et vous remercie pour les lettres et articles que vous communiquez ; pour leur clarté, leur intemporalité et pour ce qu’ils nous font réfléchir.
    Je me suis mis à l’Ayurvéda depuis 3 mois et suis une formation ad-hoc.
    Voulant garder de la distance et du recul par rapport à un enseignement donné, mais également la possibilité de mieux assimiler le socle théorique par différentes approches et discours (convergents heureusement), je trouve dans vos contributions un encouragement à poursuivre et un approfondissement agréable à la fois théorique et pratique.
    Recevez, Monsieur COHEN, mes très cordiales salutations.

    Jean Pierre LAURENDEAU

    Répondre
    1. Jo Cohen Auteur de l’article

      Bonjour Jean Pierre

      Un grand merci pour vos encouragements.
      Si vous trouvez matière à réflexion sur mon blog, vous m’en voyez ravi.
      Cordialement
      Jo

      Répondre
  2. Stève MARTIAL

    Très bel article… Très encourageant pour les pratiquants d’une technique de méditation notamment la méditation transcendantale

    Répondre
  3. Ping : Pourquoi ta façon de méditer en dit long sur l’état de ton cerveau |

    1. Jo Cohen Auteur de l’article

      Tapez sur un moteur de recherche meditation-transcendantale.fr, vous serez mis en contact avec le site le plus proche de chez vous pour apprendre.
      Cordialement
      Jo

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *