Où en sont les recherches scientifiques sur la méditation ?

 

Tout manager voudra savoir quels seront objectivement les bienfaits qu’il pourra tirer de la pratique régulière d’une forme ou d’une autre de méditation qui lui demandera entre 30 et 40 minutes par jour. A cette demande parfaitement légitime, la recherche scientifique, qui a beaucoup avancé dans ce domaine, lui apporte de premiers éléments de réponse. Ainsi, début 2013 a eu lieu dans le cadre de la New York Academy of Sciences, une conférence scientifique destinées à favoriser les échanges sur les effets produits par différentes techniques de méditation. Cette conférence, intitulée « avancement de la recherche sur la méditation » a réuni des chercheurs de plusieurs universités américaines ayant travaillé récemment sur ce sujet. De nombreuses formes de méditation ont été abordées : la Méditation Transcendantale, la méditation Pleine Conscience, le Zazen, le Qi Gong, etc.

« Réunir ainsi des chercheurs sur ces différents types de techniques de méditation était une initiative réellement audacieuse. Mais les organisateurs savaient que nous serions tous unis par une conviction commune : à savoir que la recherche scientifique peut nous aider à mieux comprendre les expériences subjectives qui surviennent au cours de la méditation, et mieux appréhender le processus de développement de la conscience » rapporte le Docteur Fred Travis, spécialiste des effets de la Méditation Transcendantale sur le fonctionnement du cerveau et directeur du Center for Brain, Consciousness and Cognition de l’Université Maharishi de Management (Fairfield, Iowa).

Cette conférence, la première du genre, ne fut pas la dernière. Sponsorisée par la Fetzer Memorial Trust, le Mental Insight Foundation et la Fondation David Lynch, une réunion de travail s’est tenue en juin dernier à l’Institut Esalen (Big Sur, Californie). En collaboration avec l’Université Maharishi de Management et l’Institut des Sciences Noétiques cette réunion avait pour but de créer une liste de critères agréés par tous les chercheurs et grâce auxquels tous les types de méditation pourront être évalués. Cette avancée significative permettra d’apprécier la valeur de chaque tradition de méditation et de voir comment elles pourront ensemble conduire à une meilleure compréhension de ce qu’est la conscience. Car, ne perdons pas de vue que si de très nombreuses recherches ont été menées sur la méditation, beaucoup d’aspects restent à ce jour inexplorés. 2013 marque ainsi un tournant significatif en matière de recherches sur la méditation.

En attendant l’éclairage de nouvelles recherches, que savons-nous exactement à ce jour des effets de la méditation ? Les différents types de méditation présentent des avantages spécifiques, aussi bien à court terme qu’à long terme. Leurs effets reposent sur la plasticité du cerveau. De quoi s’agit-il ? Le cerveau humain a la capacité de modifier ses structures en fonction des sollicitations qu’il reçoit. Les circuits neuronaux fréquemment utilisés, et où les interconnexions neuronales se multiplient, se consolident et se développent. Ceux qui servent peu finissent par s’étioler.

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A un niveau global, la méditation augmente la connexion entre différentes parties du cerveau [1], réduisant du coup l’atrophie cérébrale associée aux maladies dégénératives des personnes vieillissantes. La matière blanche du cerveau de personnes pratiquant la méditation présente plus de faisceaux de fibres nerveuses reliant les différentes parties du cerveau, notamment dans le corps calleux qui relie les hémisphères droit et gauche, le tractus pyramidal qui lie le cerveau à la moelle épinière et enfin dans le faisceau uniforme liant le lobe frontal au système limbique, le siège des émotions[2]. Parmi d’autres résultats, la recherche a constaté un haut niveau d’activité dans les parties du cerveau qui contribuent à former les émotions positives (enthousiasme, maitrise de soi, joie) assorti d’une activité moindre dans les parties reliées aux émotions négatives, notamment la zone en rapport avec la peur et la colère.

La conférence de la New York Academy of Sciences a permis de dégager trois types de méditation.  Elles se différencient aussi bien par leurs procédures que par le mode de fonctionnement du cerveau. Ce sont la « méditation avec attention focalisée », la « méditation avec attention ouverte » et la « méditation avec transcendance automatique ». Selon Fred Travis, « chaque type de méditation aborde un angle différent pour explorer la conscience, induisant des expériences et des effets différents.

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« La méditation de la compassion, qui appartient à la catégorie « méditation avec attention focalisée », développe le « système émotionnel » dans le cerveau et toute la vie affective de la personne devient plus riche et plus complète. La méditation Vipassana, qui est une « méditation avec attention ouverte », développe la pleine conscience des situations et accroît le bien-être mental et physique » explique Fred Travis.

Il précise au passage que « le programme de Méditation Transcendantale, qui est une « méditation de transcendance automatique », ne développe pas une compétence particulière ou une orientation d’activité. Au contraire, il conduit à un nouvel état de conscience. Dans les types de méditation autres que la Méditation Transcendantale, vous voyez des changements prendre place dans des parties spécifiques du cerveau, mais avec la Méditation Transcendantale, c’est une cohérence globale des ondes alpha qui prend place. Lorsqu’il y a transcendance, les différentes parties du cerveau fonctionnent ensemble comme un tout. Cela conduit à un quatrième état de conscience nommé la conscience pure. La conscience pure est l’expérience intérieure de la conscience de soi, libre de toute pensée et de tout autre processus mental. Il s’agit d’un quatrième état de conscience qui est qualitativement différent des états de conscience de veille, rêve et sommeil ».

Le bénéfice le plus important d’une méditation réside dans ce qu’elle peut apporter dans la vie quotidienne. « L’expérience durant la pratique de la méditation agit sur le fonctionnement du cerveau, et s’anime d’autant plus à l’extérieur de la méditation. Au cours de la pratique de la Méditation Transcendantale, vous stimulez le fonctionnement de la totalité du cerveau, et lorsque vous revenez dans l’activité, vous êtes plus patient, plus souple et moins stressé ».

Jo Cohen

 

(*) Une étude prospective de trois mois portant sur des managers d’une entreprise de matériel médical a montré que ceux qui avaient appris la méditation transcendantale, en comparaison avec un groupe témoin apparié, manifestaient une meilleur « contribution à l’organisation » selon un indice d’évaluation combiné associant différents facteurs tels que l’amélioration de la productivité, de la capacité au management et des relations professionnelles, une vitalité accrue, une plus grande clarté d’esprit, l’amélioration de la satisfaction au travail et un tempérament moins coléreux. Référence : Dissertation Abstracts International 57(6) : 4068B, 1996.
(**) Les managers d’une entreprise de matériel médical ayant appris la méditation transcendantale, en comparaison avec un groupe témoin apparié, ont enregistré un accroissement significatif de leur dynamisme selon une échelle standardisée mesurant l’accroissement de l’énergie et la diminution de la fatigue. Référence : Dissertation Abstracts International 57(6) : 4068B, 1996.

[1] Luders E, Clark K et al. Enhanced brain connectivity in long-term meditation practitioners. Neuroimage. 2011 June 6
[2] Long-Term Meditators Self-Induce High-Amplitude Gamma Synchrony During Mental Practice’, Antoine Lutz,  Lawrence L. Greischar ,  Nancy B. Rawlings , Matthieu Ricard  and Richard J. Davidson, Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America.

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